Chapitre 3

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L'après-midi fut un peu moins pire car elle réussit à emprunter à la bibliothèque les manuels dont elle avait besoin. De tout Poudlard, Mrs Pince était probablement l'une des personnes que Pansy détestait le moins. Elle rendait ses livres à temps, ne bavardait jamais – et pour cause, après tout, elle n'avait pas d'amis à qui parler ! – et en échange, la bibliothécaire la laissait en paix. Pansy n'en demandait pas plus.

Elle se retira dans son dortoir tout de suite après le dîner. Demain, il lui faudrait aller voir chez Rusard si quelqu'un avait rapporté ses affaires. Pour ce soir, elle n'en avait pas le courage. Si les mauvais plaisants qui lui avaient dérobé son sac ne se décidaient pas à le ramener, il faudrait qu'elle écrive à ses parents pour leur demander de l'argent afin de racheter des livres – une perspective qui ne la réjouissait pas excessivement. Elle en était à s'entraîner à transformer son oreiller en sac de farine pour le cours de Métamorphose du lendemain, lorsqu'on frappa à la porte. Sa main se crispa sur sa baguette et elle la dirigea vers l'entrée de la chambre. Les filles ne se donnaient jamais la peine de frapper – pas plus que Pansy elle-même ne le faisait, d'ailleurs.

— Entrez, dit-elle d'une voix tendue.

Elle baissa presque aussitôt sa baguette en distinguant le visage de l'intrus. C'était une gamine d'une douzaine d'années, qui – cravate vert et argent oblige – appartenait visiblement à sa Maison, même si Pansy n'arrivait pas à se souvenir de son nom.

— C'est bien toi Pansy Parkinson ? demanda la petite.

Pansy leva les yeux au ciel. Elle était sûre que la gosse le savait pertinemment. Après tout, elle ne pouvait pas quitter sa chambre sans entendre des chuchotements partout sur son passage. Elle était maintenant connue comme le loup blanc à Poudlard, et elle commençait à se rendre compte que la célébrité pour laquelle Drago et elle-même avaient si longtemps jalousé Potter n'avait au final rien de tellement enviable.

— Oui, répondit-elle sèchement. C'est pour quoi ?

— On m'a donné ça pour toi, expliqua la gamine en agitant une enveloppe.

— Qui ça ?

— Un garçon...

Pansy haussa les épaules. A l'évidence, elle n'en tirerait rien de plus.

— Pose-la sur le bureau.

On avait beau la traiter comme une paria, le ton de commandement ne tardait pas à ré-affleurer dans sa voix chaque fois qu'elle en avait l'occasion. La gosse obtempéra et quitta la pièce sans rien ajouter.

Pansy se leva lentement du lit où son oreiller laissait échapper des traînées de farine. C'était du blé noir alors qu'il aurait fallu du froment, mais pour le moment, elle n'en avait cure. L'enveloppe était inhabituelle, et comme tout élément inhabituel, elle représentait un danger potentiel. Elle marcha précautionneusement jusqu'au bureau et jeta plusieurs sorts de détection de magie noire et maléfices divers. L'analyse ne révéla rien de dangereux. 

Voilà qui était surprenant. Un piège pour qu'elle se retrouve couverte de pustules des pieds à la tête n'aurait rien eu d'étonnant. Un véritable courrier, c'était plus déconcertant. Elle avait beau faire confiance à ses tests de détection, c'est néanmoins d'une main légèrement tremblante qu'elle ouvrit l'enveloppe. Elle se rendit toutefois compte rapidement qu'elle n'avait rien à craindre.

L'élève Parkinson Pansy est convoqué(e) à 20h30 le 25/11 dans le bureau de la Préfète en Chef.

Pansy soupira, pas vraiment libérée de son inquiétude, même si l'enveloppe ne lui avait pas explosé au visage en répandant une poudre toxique. Qu'est-ce que Miss Parfaite pouvait bien lui vouloir ? Elle savait qu'elle n'avait rien à se reprocher, mais quelqu'un avait dû l'accuser d'une faute quelconque, pour s'en innocenter soi-même – ou simplement parce qu'on trouvait drôle de lui faire porter le chapeau... et Pansy doutait quelque peu du poids de sa parole en face de celle de n'importe quel autre élève de Poudlard.

Il n'était pas loin de 20h25. Elle décida de partir aussitôt, arriver en retard n'arrangerait certainement pas les choses. Par chance – enfin, si l'on peut dire – elle connaissait parfaitement l'emplacement du bureau de la Préfète en Chef et le moyen le plus court de s'y rendre. Après tout, elle avait elle-même occupé cette fonction l'année précédente, lorsque c'était Rogue qui régnait sur Poudlard. Elle n'était pas spécialement nostalgique de cette époque. Les Carroff et leurs méthodes pédagogiques malsaines la terrorisaient à peu près autant que les autres élèves, malgré le vert de ses robes et son Sang Pur. Les parents de Pansy n'étaient pas des Mangemorts – seulement des sympathisants – et il n'y avait qu'aux fils et aux filles des serviteurs avérés de Voldemort qu'Alecto et son frère accordaient des égards.

Elle avait toutefois l'impression d'être la seule élève de tout Poudlard dont la condition ne se soit pas améliorée entre l'année précédente et celle-ci – à l'exception peut-être de Goyle. Et des morts, évidemment. Mais personne ne les avait forcés à mourir. Elle avait voulu vivre, elle, et c'était de cela qu'on la punissait. Parce qu'elle ne s'était pas précipitée tête baissée d'un côté ou de l'autre de la bataille, qu'elle avait suivi son instinct de survie, qu'elle avait voulu éviter un carnage.

Elle haussa les épaules. Il ne lui appartenait pas de réécrire l'histoire. Que ces abrutis croient ce qu'ils voulaient. Elle s'en fichait pas mal. Elle savait qui elle était, et elle emmerdait le monde – qui le lui rendait bien.

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