Chapitre 14

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Le lendemain, je prends l'initiative de contacter Nathan de bonne heure. Après la cachotterie de Tristan, son cadeau et ce fichu baiser sur la joue qui a détraqué mon cœur, il me faut de la stabilité. Il me propose une randonnée au bord du lac et j'accepte dans la seconde, trop heureux de m'éloigner de cet idiot qui me rend fou. 

Puisque nous avons été entourés de nos amis toute la soirée d'hier et depuis notre réveil, Ben et moi n'avons pu discuter des petits miracles qui se sont produits la veille avec Sébastien. Après le déjeuner, nous prétextons une virée dans le village pour parler tranquillement. Il m'accompagnera jusqu'au lac. Malik et Aya le rejoindront plus tard sur la pelouse près de l'eau pour une nouvelle partie de football avec les vacanciers de l'hôtel, pendant que nos deux aînés iront tester la salle de sport par curiosité. Tout le monde y gagne une occupation. 

 — J'exige des détails, je veux tout savoir !

Ben renvoie une aura nettement plus lumineuse que les jours précédents. Inutile de trop cogiter pour interpréter ses rictus niais et cette lueur gaie qui danse dans ses pupilles.

— Tu as vu l'essentiel, débute-t-il. Je me débrouillais plutôt mal sur mes skis et il était toujours là pour me rattraper, ou me relever.

— On aurait dit que vous filmiez une romance. Ce qui m'échappe, en revanche, c'est votre raison pour ne pas avoir craqué ! Vous étiez à ça de vous rouler une nouvelle pelle ! 

— Je me suis reculé en premier.

Je lui adresse de gros yeux, dépité. Ben me pousse en riant à ses souvenirs.

— Sébastien se dévoile petit à petit. Il a cédé à ma provocation avant-hier au lac et là, il se rapproche de moi. Je suis conscient qu'il se dépasse, ou disons qu'il dépasse ses incertitudes et ses craintes. Je lui en suis reconnaissant. S'il ne voulait pas de moi, rien de tout ceci ne se serait produit. Je devrais me contenter de ces pas en avant. 

— Pour ne pas le brusquer.

Il opine du chef. 

— Sébastien le dissimule assez bien, parce qu'il est notre aîné, qu'il nous traite comme des gosses et qu'il endosse pas mal de responsabilités sur ses épaules, mais, en réalité, il est criblé de peurs et questionnements. Je ne serais pas celui qui l'obligerait à quoi que ce soit. Quand il sera prêt, il viendra de lui-même. 

— Vous êtes trop mignons ! 

Ben fait volte-face et plaque sa main sur ma bouche, alors que mon cri a alerté tout le voisinage. Je me dégage et continue :

— Je suis votre fan numéro un ! On est d'accord, qu'au mariage, je serai le témoin ? 

Mon meilleur ami balaie mon excitation d'un revers de manche.

— Je ne te dirai rien d'autre, décrète-t-il, à moins que tu te confies sincèrement sur Tristan. Hier, au bar-terrasse, il avait l'air distant. Troublé. Qu'est-ce que tu lui as fait ? 

— Moi ? Mais, rien ! m'étranglé-je. Pose-lui la question ! 

Je tends mon poignet et Ben examine le bracelet d'yeux interrogateurs.

— Il me l'a offert hier. Et tu sais ce qu'il a réclamé en guise de cadeau ? Un baiser sur la joue !

— Un quoi ?! 

Désormais, nous sommes deux à brailler dans la rue calme.

— Tristan ? Le Tristan qui déteste les câlins et les contacts physiques, en général ? Ce Tristan-là ? Bon sang, Lou, rends-toi compte de tous les signaux qu'il te balance chaque jour ! Ce ne sont même plus des signaux à ce stade, ce sont carrément des panneaux de signalisation avec les feux tricolores, les paillettes et les cœurs !  

Sunshine ProtectorOù les histoires vivent. Découvrez maintenant