Chapitre 21

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Dès vendredi soir, passant outre le bourdonnement de mon cerveau fatigué, je me jette sur mon ordinateur et tape « idées de rencard à Avignon ». J'ouvre un site et découvre le premier lieu. Le palais des papes. Très beau, culturellement intéressant, mais nous le connaissons déjà par cœur. Le rocher des Doms. Pourquoi pas ! Une petite montée, une jolie promenade, mais la vue ne serait pas aussi belle qu'au printemps ou qu'en été. Les Halles... Quoi ? Là où ça pue le poisson ? Hors de question ! Le pont Saint-Bénézet. Trop commun. L'île de la Barthelasse. Non ! Tristan y court souvent, il a associé cet endroit à la notion de sport. 

Je ferme rageusement le site et pousse un geignement à en fendre l'âme. Dans la semaine, je lui ai suggéré de choisir le lieu, mais il a insisté pour que je m'en occupe, soi-disant pour que je sélectionne un endroit où je serais à mon aise. Foutaises ! Il est juste aussi nul que moi pour organiser un rencard ! 

Je réitère ma recherche plusieurs fois. L'on me vante les mérites de dizaines de café, de ruelles où se balader en centre-ville, des escape game, des laser game, une flopée de musées et même des expositions. Rien ne me paraît adéquat pour un premier rencard. Soit nous avons fréquenté ces lieux à tellement d'occasions qu'ils ne sont plus magiques pour nous, soit les activités ne représentent pas tout à fait ma vision du romantisme, trop dans l'action ou dans le culturel. Au final, je commence à désespérer, quand je me pose une question cruciale.

Qu'est-ce qui nous conviendrait à tous les deux ? Quelque chose que nous aimons et que nous partageons.

Je me creuse les méninges un moment avant d'avoir la révélation. Les chats ! Et la nourriture ! Je bondis sur mon ordinateur, plein d'espoir, et pars en quête d'un café à chats. Bingo ! Victoire pour Lou Lagarde ! Il existe effectivement un tel établissement à Avignon. Je vais sur son site et mes yeux s'écarquillent d'émerveillement au fil des minutes. Rien ne pourrait être plus parfait. Fier de moi, j'envoie un message à Tristan sans lui dévoiler quoi que ce soit. Je l'informe simplement que notre rencard débutera vers quinze heures. 

Le lendemain, tous mes sens sont en émoi. Je mange à peine. Pas de stress, non. À cause d'un meilleur ami encore plus excité que moi. Dès neuf heures, il me traîne dans une nouvelle boutique qu'il a dénichée récemment et la séance d'essayage s'ouvre sur des tenues des plus aguicheuses. Je fais de mon mieux pour le calmer et opter pour des habits moins tape-à-l'œil. Nous décidons de déjeuner sur place et notre matinée se transforme vite en demi-journée de shopping. 

— Celle-là ! hurle-t-il dans la boutique. C'est celle-là, je le sens ! Il va a-do-rer !

Je me regarde longuement dans le miroir, jaugeant mon taux d'approbation à sa déclaration. Un pantalon noir en simili-cuir, taille haute avec une large ceinture qui marque la finesse de ma taille, une chemise plutôt originale d'un bleu nocturne, des formes en arabesque sur les épaules, rentrée dans le bas, ainsi qu'une paire de bottes. Ben court dans tous les sens et revient avec six pendants différents, trois pendentifs et tout un tas de bracelets. Je renonce à ces derniers, ayant mis celui que Tristan m'a offert. Je me décide pour un collier simple près du cou et deux anneaux, mais je n'en enfile qu'un, à l'oreille droite. 

— Madame, est-ce qu'il peut repartir avec la tenue complète, s'il vous plaît ?

Le sourire idiot de mon meilleur ami, et sa voix surexcitée, convainc la vendeuse et elle m'aide à découper toutes les étiquettes. Okay... J'admets que, pour une fois, je me sens vraiment sexy et ça booste non seulement mon ego, mais surtout ma confiance en moi, ce qui me fait davantage rayonner, d'après Ben. Je remets mon long manteau épais et en rabats les pans pour que Tristan ait une sorte d'effet de surprise. En lançant un coup d'œil à ma montre, je me rends compte de l'heure. 

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