« Alors qu'en dis-tu ? Un voyage à Pré-au-lard avec moi ? ».
Ma respiration est insuffisante, assise sur mon lit, mes yeux sont fixés sur les planches de bois ébène qui recouvrent le sol de mon dortoir. Mes paumes de main s'enfoncent dans le matelas pas assez hostile à mon gout. Comment ai-je pu passer à côté de cette information ? Comment Jedusor peut-il en savoir plus sur « mon » voyage ? Mon cœur est étouffé dans ma poitrine pendant que je pèse le pour et le contre. Réfléchir semble être une perte de temps, mais je ne peux pas partir avec lui comme ça. J'allais le tuer, il y a une heure. Je ne devrais même pas lui faire confiance, mais pourquoi mentirait-il ?
Mon attention vacille d'une planche à une autre. Ma respiration s'obstrue quand je réalise que je n'ai pas eu de nouvelle d'Abelforth depuis des jours. Et si le ministère comprend qu'Abelforth m'a couvert tout ce temps... Il sera considéré comme complice. Je ne peux pas lui laisser courir ce risque. Alerté, je dévale les escaliers en direction de la salle commune des serpentards. Trop facilement, j'atteins la porte de sa chambre, je donne trois légers coups sur sa porte après l'avoir fixé pendant une minute. Peut-être qu'il ne va pas les entendre, j'espère qu'il ne va pas les entendre. La porte s'ouvre, ses yeux s'illuminent à ma vue, avant même qu'il n'ouvre la bouche, je m'exclame :
- C'est d'accord.
- D'accord ?
Il penche sa tête, les traits de ses lèvres se courbent légèrement. Il sait très bien de quoi je parle, il veut juste que je le dise, et je ne lui donnerais pas cette satisfaction. Je me faufile dans sa chambre, sans lui demander la permission. Je m'immisce dans la pièce, ajoutant une distance contrôlée entre lui et moi. Je rentre dans le vif du sujet sans attendre un instant :
- Quand est-ce qu'on part ? Qu'est-ce qu'on attend ?
Il s'est tourné pour fermer la porte. Sa sérénité sans faille ne m'apaise pas du tout. D'ailleurs, je ne pensais pas qu'il était humainement possible d'être à ce stade d'inquiétude. Contre toute attente, je suis happé par une odeur familière qui enveloppe le lieu, c'est la sienne. Je me rends compte que je suis dans sa chambre, entourée de ses affaires. La pièce est restée intacte depuis ma dernière visite. Tout est en ordre, sauf son bureau. Les pages ivoire des livres éparpillés sont les seules couleurs douces de la pièce. Sa plume n'est pas rangée, elle est déposée sur un carnet sur lequel un sigle est dessiné. Je prends un pas de plus pour lire le contenu de ses recherches, mais une main autour de ma taille me stoppe.
- La curiosité est un péché, Eleanor.
Son souffle caresse ma joue. Il ose me parler de péché, ma réponse est immédiate :
- Parce que tu les connais bien, toi, les péchés. Tu fais un bingo avec ?
Je n'ai pas pu contrôler le mépris de ma voix, je lève les yeux au ciel alors qu'un sourire se dessine sur son visage. Beurk, je m'évince avant que mon estomac commence à se retourner. Je sors de son emprise aisément pour m'asseoir sur son lit, ignorant son sourire :
- Alors, quand est-ce qu'on part ?
Je commence à m'impatienter, j'ai envie de le secouer et lui crier que la situation est urgente. Mes yeux lui lancent des éclairs alors qu'il se dirige vers son bureau, un pas à la fois. Il range sa plume et ferme son carnet alors qu'il m'annonce solennellement :
- Demain soir
- Demain soir ? Non, on ne peut pas attendre un jour.
Je me suis extraite du lit, scandalisée. Mon cœur court un marathon non-stop, alors que les pensées, plus catastrophiques les unes que les autres, skient directement jusqu'à ma gorge, la compressant. Je ne peux pas physiquement attendre un jour. Il lève les yeux au ciel, croise ses bras comme s'il attendait que je finisse mon caprice. Si je pouvais, je l'aurais bien tué, là, maintenant, tout de suite.
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Anytime...
FanfictionEleanor est inconsciente et enrobée dans la neige la nuit du 24 janvier 1944. Elle n'a plus aucun souvenir, juste un retourneur de temps et l'uniforme de Poudlard. D'où vient-elle ? Et comment est-elle arrivée ici ? Dans le but de raviver ses souve...
