"Au pire, on meurt" est un thriller sur fond de criminalité, où deux âmes perdues cherchent la vérité dans un monde impitoyable.
Dalibor, ancien militaire et fin stratège à l'allure de pirate, va faire la connaissance de Kristina, une traductrice à...
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Je ne me souviens pas de la dernière fois que j'ai pleuré en public. Sûrement à l'école primaire, par terre dans la cour. À l'époque, pas un jour je n'ai eu les yeux secs. Avec tout ce que j'ai versé de larmes, j'aurais pu avoir une mer pour moi toute seule.
J'étais bien naïve de penser que mes larmes allaient me ramener mon père ou alléger ma peine. Mais, à cet âge-là, on croit aussi au Père Noël. Si un inconnu peut te rendre visite une fois par an, alors ton père finira bien par revenir, non ?
D'ordinaire je suis plutôt douée pour tout garder, ça coule vers l'intérieur et puis ça sort plus tard à l'abri des regards. Mais cette fois-ci, impossible de me retenir.
Peut-être parce que mon cœur est encore plein de la terre où mon père est enfoui. Sa dernière demeure. Un trou béant qui attend son retour pour l'ensevelir une fois pour toutes. Ce sale traître.
Je vis en équilibre entre la conviction qu'il est mort, seule explication pardonnable à son long silence. Et le dégoût d'imaginer qu'il puisse vivre chaque jour sans jamais penser à moi, pendant que je suis hantée par son absence.
Est-ce qu'on peut oublier son enfant ? Je veux dire, est-il vraiment concevable que le temps puisse effacer complètement ce souvenir ?
Omnia Fert Aetas* comme sur le tatouage du pirate. ( *Le temps finit par tout emporter ). Alors pourquoi ça ne fonctionne pas pour moi ? Pourquoi est-ce que je ne l'oublie pas ?
Je me dépêche d'enlever ces vêtements noirs, et me prépare à passer le reste de la journée à lire sous la couette quand un message inattendu déclenche un feu d'artifice dans mon cœur.
De : 🐯 À : Moi « Angle à gauche dans 3 minutes piccola »
Je n'en reviens pas. Eduardo est là, à Istok ! Combien de secondes j'ai mis pour m'habiller ? Aucune idée. Peut-on appeler ça s'habiller, si on considère qu'enfiler un manteau par-dessus un tee-shirt et un bas de pyjama signifie être habillée.
J'attache à la hâte mes cheveux dans un chignon informe, enfile une paire de Dr Martens et dévale les escaliers à toute vitesse, le cœur battant d'émotions.
Il est vraiment là ! Garé à l'angle, il ôte son casque, et m'offre son merveilleux sourire.
- Weeee Kristy Ri' ! Fais-moi vite un bisous ! exige-t-il en napolitain en pointant sa joue.
Sans réfléchir aux gens qui pourraient nous voir, je me jette dans ses bras pour y puiser l'étincelle de vie qui me manque cruellement depuis trop longtemps.
Dans le refuge de ses bras, je mesure l'ampleur du manque qui me ronge, et une vague de tristesse remonte brutalement. Ses mains se posent sur mon visage, douces telles des ailes protectrices, pendant que ses yeux lisent à travers mes larmes.
- Je suis là. Tout va bien, murmure-t-il de sa voix rassurante avant de poser ses lèvres sur mon front.
- Je suis désolée Edua, je voulais pas pleurer, je suis tellement contente de te voir... je balbutie en cachant mon visage contre son torse.