"Au pire, on meurt" est un thriller sur fond de criminalité, où deux âmes perdues cherchent la vérité dans un monde impitoyable.
Dalibor, ancien militaire et fin stratège à l'allure de pirate, va faire la connaissance de Kristina, une traductrice à...
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
L'honnêteté voudrait que j'admette que je culpabilise de ne pas être venu la voir. Au téléphone, elle n'avait pas l'air dans son état normal. D'ailleurs, c'est quoi son état "normal" ?
Traverser un boulevard à reculons ? Ouvrir sa porte avec un couteau dans le dos ? Tabasser des criminels en pleine nuit ?
Oui, ces réactions excessives cadrent parfaitement avec le caractère de la crevette. Dès qu'une chose lui déplaît, son cerveau vrille et elle réagit de façon imprévisible. Sans chercher à comprendre, elle agit violemment.
Ce soir tout en elle hurle vengeance, mais surtout désespérance. Et la douleur qui bouillonne en elle devait s'abattre sur quelqu'un, alors je tombe à pic pour encaisser des dégâts qui ne me concernent pas.
- Je ne sais pas qui tu veux venger, chuchoté-je à deux centimètres de son visage. Mais je suis sûr qu'il ne serait pas d'accord pour que tu portes une mort sur la conscience.
Impuissante face aux cent kilos de muscle qui se sont écrasés contre elle, la crevette n'a pas d'autre choix que de m'écouter et laisser fondre sa colère.
-... et s'il approuve, alors il ne mérite pas ton dévouement.
Lentement, les secondes s'égrènent. Sa respiration se calme peu à peu. Mais elle garde obstinément les yeux fermés, pour maintenir une cloison invisible entre nous. Ça me fait mal qu'elle ne comprenne pas pourquoi je fais ça.
Soudain, elle rouvre les yeux et me regarde comme si elle regardait le ciel. Elle me fixe un long moment. Ses yeux sont magnifiques. On y devine des rêves et des blessures, une profondeur et une gravité inouïe.
Je l'observe, en tentant de saisir toutes les nuances de ses iris pour anticiper ses réactions. Sa façon de me regarder est à la fois douce et intime, un peu trop pour moi qui vis seul depuis des mois et des mois.
Dans ce vert chargé d'ombres, je lis aussi quelque chose d'inattendu : l'attraction qu'elle ressent pour moi. Une vague de chaleur fait bouillir le sang dans mes veines, et je dois lutter contre l'impulsion qui me pousse un peu plus vers elle.
Cette alchimie est une pure folie. Il faut y mettre un terme. Pour m'éloigner de sa bouche tentatrice, je ferme les yeux et détourne le visage contre le mur. C'est pire. Son odeur, plus proche, m'attire. Sans avoir le temps de réfléchir, je me rapproche et me perds dans son cou.
Sa peau est chaude, son parfum enivrant. Mon cœur s'emballe à cause des phéromones qu'elle dégage. Dans ma tête, je me persuade que c'est provisoire. Que je peux gérer cette proximité sans problème.
Quand mes lèvres effleurent sa peau, je sens son corps onduler contre le mien. À peine. Mais assez pour trahir le désir qui monte en elle... Et réveiller exactement ce que j'essaye de tenir sous clefs.
À cet instant, tout disparaît autour de nous.
La cuisine, le blessé, Istok, nos malheurs et nos souffrances. C'est toute la vie qui s'arrête d'exister pour nous laisser vivre.