"Au pire, on meurt" est un thriller sur fond de criminalité, où deux âmes perdues cherchent la vérité dans un monde impitoyable.
Dalibor, ancien militaire et fin stratège à l'allure de pirate, va faire la connaissance de Kristina, une traductrice à...
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Il allait être huit heures. Le jour avait du mal à filtrer à travers l'épais brouillard qui recouvre la ville.
Dans un crissement de freins nerveux, je me gare en vrac au pied des marches de l'hôtel de police, pousse la porte battante, et traverse le hall à toute vitesse jusqu'au comptoir d'accueil.
Derrière le plexiglass, un flic lève péniblement un œil fatigué sur moi. Je l'informe que je suis attendu par l'inspecteur Alverola.
« Troisième à gauche ».
Les couloirs défraîchis défilent tandis que je galope jusqu'à la porte ornée d'une plaque à son nom. J'entre sans politesse en l'ouvrant si fort qu'elle faillit se fracasser dans le mur.
La pièce est petite. Aussi froide et vide qu'une morgue. Assis derrière son bureau, les manches retroussées jusqu'aux coudes, Al a le nez dans un journal et un pichet de café fumant à portée de main.
Quand je franchis le seuil, il relève son visage anguleux pour me détailler. Avant même qu'il n'ouvre la bouche, je sens que son regard aiguisé n'aime pas ce qu'il voit.
— T'as une sale gueule, remarque-t-il de sa voix sèche et usée, en pliant son journal.
Sans un mot, je tire une chaise face à lui, et m'y laisse tomber. J'ai l'impression de peser plusieurs tonnes. Les derniers jours ont été intenses et mes excès de la veille cognent encore contre mes tempes. L'odeur de moisissure me donne envie de vomir. Je cherche mes cigarettes, hésite, mais Al' me fait signe d'y aller en avançant un cendrier.
— Tu sais qu'on pourrait te prendre pour un cinglé ? lâche-t-il en brandissant le téléphone éteint de la crevette. Tu l'as appelée cent cinquante-trois fois. Ça relève de la psychiatrie.
— J'étais inquiet, réponds-je placide sans rien montrer de l'angoisse qui m'habite depuis sa disparition.
— Et t'avais bien raison de l'être, rétorque-t-il.
Depuis son appel, je m'interdis de réfléchir - de peur que mes pensées n'aillent vers le pire. Je savais où elle était, ça me suffisait pour tenir. Mais, à cet instant, ma respiration s'accélère, je suis préoccupé.
D'un tiroir, il sort un dossier cartonné, puis extirpe des procès-verbaux qu'il me tend. Je les parcours rapidement sans prendre la peine de lire.
— Dis-moi ce qu'elle a fait, fis-je en relevant les yeux.
S'appuyant sur son bureau, bras croisés, il prend son ton d'inspecteur pour résumer la situation :
— Elle a été interpellée errante dans le secteur du bois de Vincennes dans la nuit de samedi à dimanche vers deux heures du matin.
Une peur glacée s'empare de moi. Je n'aime pas du tout ce à quoi je pense et mon cœur s'emballe au point de me faire terriblement mal.
— Il lui est arrivé quelque chose ? je demande la gorge nouée.