"Au pire, on meurt" est un thriller sur fond de criminalité, où deux âmes perdues cherchent la vérité dans un monde impitoyable.
Dalibor, ancien militaire et fin stratège à l'allure de pirate, va faire la connaissance de Kristina, une traductrice à...
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Rien n'avait changé... et pourtant, rien n'était pareil.
L'idée d'être revenue à cet endroit me semble si irréelle que je me demande si je ne suis pas en train de rêver dans ma cellule au commissariat.
Mais le brouhaha du périph est bien réel, de même que l'odeur marécageuse de la Seine, ainsi que les petites volutes de fumée blanche qui s'échappent de l'usine de tri pour se dissoudre dans le ciel gris.
À droite, Istok. À gauche, Paris. Entre les deux, les caravanes abandonnées comme mes rêves d'enfant qui ne se sont jamais réalisés.
Avoir une vue plongeante sur la déchèterie me faisait le même effet que d'être penchée sur un cadavre dans son cercueil. Un cadavre si abîmé qu'il en était méconnaissable.
Un étrange sentiment me serre le cœur, fait de tristesse et de dégoût.
Pendant quelques minutes, les souvenirs du passé se sont superposés sur les décombres du présent. La musique, les bagnoles désossées, les chats errants, et les traumas toujours dans un coin sous le tapis.
Je me suis revue adolescente, assise sur ce muret à attendre celui qui me sortirait de là. À attendre un miracle, qui ne venait pas. Alors, je fermais les yeux et je survolais le camp vers une autre vie. J'avais la certitude que la vraie vie était ailleurs. Maintenant que je l'ai atteinte, j'ai compris que la vie n'est qu'une petite peste qui s'acharne à tout détruire.
Un courant d'air froid a emporté mes cheveux et soufflé sur mes souvenirs comme sur une bougie. Les vestiges de mon enfance se sont dissous pour revenir à un paysage morne et abandonné.
Cardini se tenait à distance. Il ne disait rien. Il attendait. Il savait attendre, c'est même une seconde nature chez lui. Pourtant, j'avais la certitude qu'il me regardait.
— T'as déjà entendu parler de cet endroit ? demandé-je en tournant la tête vers lui.
Je vois à ses cernes que les derniers jours n'ont rien eu de reposant pour lui non plus. Quant à son visage crispé, il trahissait une indéniable nervosité.
— Non, jamais, répond-il d'un ton sombre.
Je lui ai raconté qu'à la fin du XIXe siècle, cet endroit était un relais à chevaux où l'on réparait les charrettes. Quand le chemin de fer s'est étendu, le propriétaire l'a vendue à des gitans pour emmerder le gouvernement.
L'État a tenté par tous les moyens de les exproprier, mais ils refusaient obstinément de se faire recaser dans un poulailler vertical. Alors, en quelques décennies, c'est devenu le plus grand bidonville aux portes de Paris. « Les Rails », deux mille personnes qui vivaient les uns sur les autres.
Comme chaque endroit qui fonctionne différemment de la société, on lui prêtait toutes sortes de crimes et de délits. Des stéréotypes qui nourrissaient la crainte de la population et dissuadaient quiconque de venir y fourrer le nez. Exactement ce dont mon père avait besoin pour me cacher des services sociaux.