"Au pire, on meurt" est un thriller sur fond de criminalité, où deux âmes perdues cherchent la vérité dans un monde impitoyable.
Dalibor, ancien militaire et fin stratège à l'allure de pirate, va faire la connaissance de Kristina, une traductrice à...
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Bientôt une heure que je tourne en rond dans le salon. Soixante minutes ressenties six heures.
Son appartement ressemble bien à son caractère : ordonné, sobre. Une odeur de cuir et de menthe flotte dans l'air. Tout respire le neuf et le sérieux. Seules deux enceintes diffusent un semblant de vie.
Trois meubles blancs, et des murs nus, blancs eux aussi, qui ne servent qu'à encadrer cette maison-témoin. Témoin de l'anxiété qui me ronge la lèvre inférieure au point de la faire saigner.
Loin de me calmer, ce décor aseptisé accentue encore plus mon besoin de bouger. Mes pieds nus s'activent sur le marbre froid, si propre qu'on pourrait manger dessus.
Mon regard n'a rien sur quoi s'échapper. Rien pour calmer le torrent d'angoisse qui dévale en moi, ni me permettre d'exorciser les visions qui me hantent. Pas un objet, pas un tapis, pas une poussière.
Je me dirige alors vers le seul endroit qui me fera échapper à la folie : la fenêtre. Il fait nuit noire, les maisons voisines dorment encore. Seuls quelques réverbères propagent un signe de vie qui me permet de dénouer mes pensées quelques instants.
L'éprouvante nuit que je viens de vivre repasse en boucle dans ma tête. Mon ventre se noue en imaginant ce qu'il se serait passé si je n'étais pas venue. Une humeur désastreuse s'empare petit à petit de mon cerveau. De désespoir, je donne des petits coups de crâne contre la vitre.
Quand il m'a expliqué le plan, j'ai tout de suite su que c'était insensé, mais Eduardo adore les trucs dingues. Et un duo n'en est pas vraiment un si on ne partage pas tout, surtout la folie...
Dans mon dos, la voix grave de Cardini me sort de ma torpeur : - C'était pas une dizaine de points, mais deux, dit-il avec une certaine ironie.
D'un pas de somnambule, je m'approche pour savoir quand je pourrai parler au blessé. Il anticipe et me répond avant même que je n'ouvre la bouche.
- Il a passé un sale moment. Donne-lui une petite heure avant de se réveiller.
Debout, les mains dans les poches, il a le visage plus fatigué que le mien et son apparente tranquillité cache très mal sa curiosité. Son regard cherche ouvertement à savoir si les explications vont venir d'elles-mêmes, ou s'il va devoir patienter.
Ce n'est pas dans mon tempérament de me confier. Encore moins à lui.
Et puis, comment lui dire qu'Eduardo a failli mourir ? Qu'a deux centimètres près il aurait eut la carotide sectionnée ? Deux centimètres, l'épaisseur de la grâce qui me permet encore de tenir debout.
Les pensées bourdonnent dans ma tête comme des mouches. Cardini le sent, ses yeux me regardent d'un air intense.
- Désolé, j'ai changé d'album. L'autre était... déprimant, dis-je pour changer de sujet.