"Au pire, on meurt" est un thriller sur fond de criminalité, où deux âmes perdues cherchent la vérité dans un monde impitoyable.
Dalibor, ancien militaire et fin stratège à l'allure de pirate, va faire la connaissance de Kristina, une traductrice à...
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Quelques heures plus tôt
Je roule tranquille, un coude posé sur la portière, mes pensées vagabondent sur l'asphalte. Je suis plus occupé à essayer de comprendre ce que la crevette me reproche, qu'à penser à la rencontre que je vais avoir avec Michel.
À l'approche des postes frontières, une légère tension nerveuse me traverse car je suis calibré. Je savais qu'en faisant un détour chez elle je m'exposais à ce risque. Alors, ma respiration se suspend et la voiture ralentit un peu en passant à côté des flics.
Quand leur reflet disparaît dans le rétroviseur, je souffle en appuyant sur l'accélérateur. La voie est libre, il n'y aura plus d'obstacles sur mon trajet, je peux appeler le Commandant.
- J'y vais. Si je ne te rappelle pas avant 6h, tu sais ce que tu as à faire, dis-je avec gravité.
C'est primordial pour moi de savoir qu'en cas de drame quelqu'un ira l'annoncer à ma mère. Sans ça, je ne peux pas y aller l'esprit tranquille. À l'armée c'était la règle. Ce soir ça l'est davantage, car elle ignore tout de ce que je fabrique.
J'ai connu le Commandant Alverola à l'EPM*. (*établissement pénitentiaire pour mineurs)
Il a voué sa vie à cette institution avant de devenir inspecteur de police. Contrairement aux autres flics qui nous voyaient comme des racailles, lui savait que nos colères n'étaient pas le fruit du hasard, mais des défaillances du milieu où l'on naît.
A deux reprises il m'a sauvé du transfert définitif en milieu carcéral. C'est aussi lui qui m'a conseillé l'armée. Depuis, il est comme un père pour moi. Revenir travailler pour César sans lui donner les vraies raisons de cette trahison morale aurait été impensable.
- Tu me rappelleras, affirme-t-il. Et pour l'appel de mardi, c'est bon. Il sera géolocalisé.
J'accueille l'information comme un clin d'œil du destin. Une porte de secours, au cas où cette nuit tournerait mal.
- Combien de temps doit durer la communication ? demandé-je.
- Dès la première seconde on peut réduire à un rayon de cinquante kilomètres. À partir de trois minutes, on a la localisation exacte. Mais tu sais que...
- ...il va jeter la puce, le coupé-je. Je sais aussi que je ne lui en laisserai pas le temps.
Il ne me demande pas comment je compte m'y prendre. Mais, avant de raccrocher, il ajoute :
- Fait attention à toi, Dalibor.
Maintenant que tout est en ordre, je suis pressé d'arriver. L'adrénaline envahit mes veines et mon pied appuya un peu plus sur la pédale d'accélération.
La neige venait de faire son apparition dans ce coin de banlieue à l'ouest de Paris. La Jeep s'enfonce dans la nuit, avant de s'arrêter dans une allée sombre à deux kilomètres de l'endroit indiqué. Je finis à pied.