28 | Sables mouvants

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Cheveux au vent, la crevette part sans se retourner

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Cheveux au vent, la crevette part sans se retourner. Alors là, je dois admettre qu'elle nous a tous pris au dépourvu. Sous ses airs de bohémienne délurée, elle n'a pas hésité à fermer la gueule de cet abruti au milieu d'une foule de mecs en mal d'action.

J'en ai croisé des gens imprévisibles dans ma vie, mais elle... c'est un dangereux mélange de charme et d'impulsivité. César avait raison, il ne faut pas la sous-estimer.

Je la regarde s'éloigner sans se presser, avec cette façon d'onduler les hanches comme si elle se balade et que tout lui est égal. Je ne suis pas dupe. Je sais qu'elle souffre. Un besoin viscéral de la rattraper s'empare de moi. Je me retiens si fort que mes muscles semblent vouloir se disloquer vers elle tandis que mon squelette reste cloué sur place.

Si je bouge d'un millimètre, je la garde avec moi pour toujours. Et si je le fais, je deviens exactement comme tous ceux qui ne lui ont jamais laissé le choix. Alors, je ne bouge pas. Je laisse sa silhouette se dissoudre dans le décor en me persuadant qu'on n'en restera pas là. Même si je ne nourris pas beaucoup d'illusions, et qu'il faudra sûrement forcer un peu le destin

Je roule lentement mes cervicales pour faire redescendre la tension, inspire profondément, puis me retourne pour constater les dégâts.

La rue est encore en état de choc. Personne n'a bougé. Recroquevillé par terre, Lino se tient la figure entre les mains. Ça pissait sec et ça gémissait beaucoup pour un type qui pensait pouvoir déverser sur elle sa misérable attitude dominante.

Il ne s'imaginait pas que ça pouvait lui retomber dessus. Il n'y a pas pensé parce que les types comme lui ne pensent jamais. L'enclave est pleine de ce genre de lascars qui se sentent invincibles à cinq contre un.

Autour, ses potes observent la scène en silence. À croire qu'on leur a coupé la langue. Certains me dévisagent, attendant que je m'occupe de lui. Si je ne le fais pas, je passerai pour un enfoiré. La crevette avait vu juste. Fais chier.

Viens, dis-je en lui saisissant le bras.

Sans ménagement, je l'arrache au bitume comme s'il ne pèse rien et le remet sur pieds. Fabio fend la masse de curieux pour dégager le passage pendant qu'on traverse la rue en direction de chez moi.

Dans notre dos, je sens une présence. C'est Eduardo. Il nous colle au train car il pense sûrement que je vais régler le compte de son pote à l'abri des regards. Ce n'est pas mon genre d'achever un homme blessé. Encore moins un petit con comme Lino.

De l'épaule, je pousse la porte et l'embarque jusqu'au salon. Il s'affale au bord du canapé, plié en deux, les coudes sur les genoux, tandis que je pars récupérer de quoi le soigner. Quand je reviens de la salle de bain, Eduardo est adossé dans un coin, bras croisés, un pied appuyé contre le mur.

Oh ! T'es pas dans la rue ici, gueulé-je. Tiens-toi bien si tu ne veux pas que je te jette dehors.

Même s'il se redresse sans discuter, je remarque à sa mâchoire crispée qu'il n'est pas aussi détendu qu'à l'ordinaire.

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⏰ Dernière mise à jour : Jun 08 ⏰

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