3/ Sortie Nocturne

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J'ai toujours aimé le soir, enfin « notre soir ». Le moment où le soleil n'est plus visible derrière la Terre et que l'espace semble encore plus noir et froid depuis ma petite fenêtre. Ça a un effet reposant sur moi, et j'aime apercevoir la silhouette de la Grande Bleue. Si proche mais pourtant insaisissable. C'est si injuste quand même. Notre maison de nature, qu'on ne pourra jamais réintégrer...
Cette heure de la « journée », est généralement le moment où tout le monde est dans son lit, et discute à voix basse ou dort.

Bella a été emmené peu après le petit déjeuner de ce matin. J'étais tellement nerveuse que j'ai à peine mangé et parlé, ce qui a inquiété Jasper et on c'est disputé à cause de ça. Ensuite j'ai insisté pour rester dans ma cellule à l'heure du déjeuner, jusqu'à ce que ma colocataire revienne. J'ai prétexté vouloir lui souhaiter joyeux anniversaire, après tout ce n'est pas interdit de rester dans sa cellule. C'est sûrement ce que le conseil aimerait que l'on fasse jour et nuit.
Mais Bella n'est pas revenue, et je n'ai rien entendu sur elle. J'ai eu peur de regarder par la petite fenêtre de notre prison, de peur de voir son corps gelé passer par là. Je n'ai même pas eu le temps de lui dire au revoir, et je me sens plus seule que jamais...

Dépitée, je me redresse de ma couchette incapable de dormir. À chaque fois que je ferme les yeux, j'ai cette image de grotte, d'eau brûlante et de Bella morte qui me vient à l'esprit. C'est juste abominable.
Ces derniers temps j'ai l'impression de devenir folle. Est-ce que c'est l'approche de mon anniversaire et de ma sentence finale qui me mets sur les nerfs ? Est-ce que c'est la peur que mon nouveau secret soit découvert ? Est-ce que je vais même survivre jusqu'à mon prochain anniversaire ?

À force de me poser tout un tas de questions, je sursaute quand j'aperçois l'ombre à quelques pas de ma cellule. Immobile, je regarde l'individu cagoulé sortir quelque chose de sa poche avant que quelques minutes plus tard la porte de ma cellule soit ouverte.
L'individu disparaît aussitôt, et intriguée je me rapproche de la sortie et ose passer ma tête à l'extérieur.

Le couloir donnant sur toute les cellules est complètement désert. Où est passé l'ombre qui m'a ouvert la porte ? Et puis pourquoi m'avoir ouvert la porte ? Je sais que c'est imprudent et louche, je sais aussi que je devrais rester dans ma cellule, mais la curiosité trop forte je fais un pas à l'extérieur. Je ne prends même pas la peine de mettre une veste au dessus de mon t-shirt troué, de toute façon ce n'est pas comme ci j'allais aller faire un tour dehors.

Je me mets donc à marcher le plus silencieusement possible jusqu'à la porte principale du bloc. En arrivant devant celle-ci évidemment entrouverte, un bruit de métal presque inaudible raisonne à mon oreille. Aussitôt je fais volte-face prête à croiser la matraque d'un garde, mais au lieu de ça je croise deux yeux bleus et des petites mèches blondes. Une petite fille, elle ne doit même pas avoir 12 ans. Elle n'a pas l'air choqué de me voir libre juste...interloquée.

Je l'observe un instant statique, avant simplement de poser un doigt sur ma bouche et de planter fermement mes yeux dans ses pupilles. La fillette ne dit rien, elle se contente de reculer le regard toujours braqué sur moi, avant de remonter dans son lit.
Soulagée, je pousse un soupire et passe de l'autre côté de la porte blindée.
J'ai à peine le temps de me coller contre un des murs gris, qu'un bras entoure ma taille avant qu'une main ne se pose sur ma bouche pour étouffer mon cri.

- Ne cris pas. Laisse toi faire. murmure une voix suave à mon oreille

Incapable de faire quoi que se soit d'autre, je me contente d'acquiescer avant d'être soulevée et transportée sur plusieurs mètres. Ça fait bizarre d'être dehors à cette heure-ci, où il n'y a personne pour nous surveiller. Mais il y a des caméras. Caméras que mon assaillant évite plutôt avec brio, en se collant contre les murs. Notre périple finit pourtant par se terminer, alors qu'il débloque la porte d'un petit cagibi avec son badge de garde et me pousse à l'intérieur. Quelques secondes après la porte se referme derrière lui, et je me retourne vivement.

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