Chapitre 20 - Glace au yaourt

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~Amadeo ~

Il se retourne dans ma direction, un bras sur la table, l'autre dans le vide, et me regarde d'un air intrigué.

- J'ai besoin de frapper, je crois. Explique-je, en attrapant le rouleau de bandages présent sur la table

Sans un mot, un léger sourire en coin, il se contente de récupérer les pattes d'ours posées à même le sol, en dessous de la barre de traction. Il vérifie d'un coup d'œil mes mains, que je m'empresse de fourrer dans les gants, puis se met en position. D'un hochement de tête, il m'affirme être prêt.

Je sautille sur place quelques fois avant de frapper d'un coup franc du poing droit. Puis du gauche et ainsi de suite. Je décharge toute ma haine et mes peurs sur lui, parce qu'il est la raison de l'une d'elles.

- Tu as menacé un membre de la division, ENCORE ! Râle-je
- Je lui ai juste donné mon point de vue. Répond-t-il calmement

Je ricane un instant, énervé par son insolence.

- Pourquoi tu veux que je reste ?! Finis-je par demander en recommençant à frapper

Il ne répond rien, de quoi m'agacer un peu plus. Plus il me regarde et plus je frappe fort. L'adrénaline m'ôte toute fatigue, je suis gonflé à bloc.

- Règle numéro trois ! À ta pervenche, tu donneras la certitude de pouvoir te confier sa vie ! Comment je suis censé avoir confiance en toi si t'as aucune gêne à t'en prendre aux membres de cette maison ?! M'énerve-je après avoir cessé de frapper
- Règle numéro cinq ! À ta pervenche, tu garantiras une protection infaillible contre le mal extérieur, et cela sous TOUTES les formes existantes, dans n'importe quelle situation ! Récite-t-il à son tour en approchant son visage du mien
- Et qui me protégera de toi ?! Dis-je soudainement, sans même m'en rendre compte

Ses yeux fuient mon regard à de nombreuses reprises et je me sens coupable, ses paroles de la veille me reviennent, "Dis-moi ce qui fait de toi un sain et moi un monstre ?!" est-ce que c'est lui qui se voit ainsi ou est-ce que c'est ce que les gens n'ont pas arrêté de lui dire ?

- Je suis désolé... murmure-je, presque les larmes aux yeux

Il me fixe et je vois dans son regard quelque chose que je n'aurais jamais aimé voir, de la tristesse... mon cœur se brise lorsqu'il recule en arrière...

Énervé, cette fois-ci, contre moi-même, je retire les gants à la va-vite et quitte la pièce. Je monte les escaliers d'une traite et, adossé contre le mur froid du couloir, je prends une minute pour refouler les larmes de rage qui montent avant de rejoindre ma chambre. J'ai passé la journée à lire, écouter de la musique, regarder une série télévisée sans pouvoir m'empêcher de penser aux paroles que je lui ai dites. Il avait l'air tellement déçu, peiné, je ne sais pas... je culpabilise tellement que mon estomac me fait mal... ou alors c'est peut-être parce que je n'ai rien mangé de la journée...

Lorsque je lève enfin la tête d'un de mes anciens manuels, sur le déroulement d'une mission, je m'aperçois que la nuit est tombée. C'est dingue, comme le temps passe vite, j'ai passé tellement de temps à me former que je ne me souvenais plus de ce que représentait une journée normale. Dehors, les lampadaires du quartier éclairent la fontaine, je ne l'ai jamais trouvée aussi satisfaisante à regarder que maintenant. Je sursaute de peur lorsqu'on toque à ma porte, Arès apparaît.

- Viens avec moi... ordonne-t-il, ses clés de voiture à la main
- Où est-ce qu'on va ?! Demandai-je, étonné

Comme à son habitude, il ne prend pas en compte ma question et entame la marche, j'attrape mon manteau à la volée et le rattrape. On roule pendant un moment, dans la pénombre, avant de s'arrêter sur le bord d'une colline, seule une large bande de tournesols semble nous séparer de la ville illuminée. C'est magnifique. Les lumières reflètent la vie et pourtant c'est si calme ici. Le buste en avant, je contemple ce qui s'offre à moi tel un enfant devant un dessin animé.

Amadeon [MenXMen]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant