Chapitre 36 : Quelques bouts de papier

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Isaac

« Hey Zack, c'est Avi. »

Il pense que je dors encore.

Il pense que je ne l'ai pas entendu se réveiller, tourner en rond dans sa chambre, pour finalement venir s'asseoir à son bureau, ses yeux fixant le vide de longues minutes - ou plutôt ce livre qu'il tient comme un objet extrêmement précieux.

Je l'observe tout du long. Son dos courbé. Ses cheveux qui lui tombent devant les yeux. Ses doigts qui grattent les peaux autour de ses ongles, témoignage probant de sa nervosité.

Puis d'un coup, il ouvre ce livre, le feuillette, et enlève parfois des feuilles coincées entre deux pages. Ses gestes m'interpellent. Pourtant je ne bouge pas, trop occupé à essayer de comprendre ce qu'il fabrique.

Une fois chose faite, il dépose le livre sur son bureau et observe les feuilles qu'il tient entre ses mains - on dirait des lettres manuscrites. Il semble ensuite les trier, passant certaines devant ou derrières les autres.

Je retiens ma respiration lorsque je le vois se lever et se diriger vers le lit.

- Tu ne dors pas, hein ? questionne-t-il, en s'asseyant sur ce dernier, dos à moi.

J'ouvre les yeux entièrement et mes yeux rencontrent les siens. Je secoue la tête et m'appuie sur mes mains pour m'asseoir alors qu'il tient toujours les feuilles entre les siennes.

Un rapide coup d'œil sur mon téléphone m'indique un peu plus de quatre heures du matin. On n'a pas dormi beaucoup depuis notre discussion de tout à l'heure.

- Je... hum...

Il laisse échapper un rire nasal, mais son regard est toujours braqué sur ces bouts de papier. Je pose mes yeux dessus à mon tour, et mon cœur rate un battement.

« Hey Zack, c'est Avi » est inscrit en haut de la première feuille.

Je sens mon coeur s'accélérer au rythme de mon imagination.

- Qu'est-ce que c'est ? osé-je demander.

Il ne répond rien, mais le stress qui émane de ses pores est bien trop palpable pour que ce soit de simples bouts de papier.

- Le jour où on est parti avec maman, on a roulé sans s'arrêter jusqu'à Fort Worth, débute-t-il d'une voix si douce, qu'il semble parler aussi pour lui-même. C'était totalement inconscient parce qu'il y avait presque huit heures de route. Et pourtant pendant tout le trajet, aucun de nous deux n'a réussi à parler. On savait qu'on était là l'un pour l'autre, qu'on le serait toujours, mais c'était comme si parler rendrait le tout un peu trop réel... Alors, quand on est monté dans cette voiture, on s'est tous les deux renfermés. Je pense qu'on avait besoin de ce temps d'adaptation. Ce temps pour revenir à l'essentiel où c'était toujours elle, et moi.

C'est à mon tour de rester silencieux. Et volontairement. Parce que j'ai toujours voulu savoir ce qu'il s'était passé pour lui ce jour-là. Comment lui l'avait vécu.

- Mais tu vois moi, entre-temps, j'avais découvert mon autre essentiel, dit-il d'une voix plus grave. Toi.

Nos regards s'accrochent et je sens mon cœur rebondir dans ma poitrine, avant de repartir au galop.

- Alors bien sûr, une fois qu'on est sorti de cette voiture, la vie a repris son cours. Nos bouches se sont déliées. Je savais que ma mère serait toujours mon pilier. Que je pouvais tout lui raconter. Mais il y avait des choses que je ne voulais dire qu'à toi. Alors... j'ai commencé à t'écrire.

Les frères Satori - Tome 1Des histoires addictives. Découvrez maintenant