My best Friend

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Cette fois-là, nous étions tous les deux. On était là, assis sur un banc au beau milieu d'un parc à parler de n'importe quoi. Il me racontait ses histoires, la joie qu'il avait de boire avec ses potes au soir. Je vous jure, il était fier, il fumait avec sa click sans en payer les conséquences. Il n'a jamais su ce que ça veut dire ce mot " conséquence" il n'a jamais rien compris à tous " ces trucs de vieux" comme il disait. Les trucs comme l'argent, la guerre, le malheur. L'amour il n'y croyait pas, c'était drôle de se taper deux trois meufs le même soir me disait-il. c'était drôle de les faire boire jusqu'à ce qu'elle soit tellement saoule qu'elle parle d'amour. Pour lui c'était ça, la représentation de l'amour. Il s'amusait ce gas.

Ce jour-là il n'a pas arrêté, il rigolait en me racontant ses petites histoires de beuveries entre amis, il rigolait à plein poumon, à plein coeur. Il rigolait sa bière à la main.

On pourrait croire que c'était un imbécile, mais je ne l'ai jamais vus rigolé que dans ces circonstances-là. Saoul, ivre du bonheur que lui procurait l'alcool. Je l'écoutais encore pendant deux heures, mes yeux ouverts sur ce type qui me parlait. Ce mec, mon premier amour. Je sais pas pourquoi je le voyais comme ça, je n'étais pas amoureuse de lui non, je n'aurais jamais su l'être. Ça semble étrange de ne pas m'être éprise de mon premier amour, mais il me passionnait. Je le voyais s'amuser plus que n'importe qui sur la terre, rigoler sans raison avec son meilleur copain au bout des mains, je l'entendais crier n'importe quoi mais c'était toujours drôle. Mais je l'ai remarqué aussi, qu'avec ses yeux toujours défoncés, sa façon de tout oublier, d'avoir peur de ce qui me semblait pourtant anodin. Quelque chose dans ce garçon ne collait pas, tout ça semblait tellement opposé, son bonheur d'adolescent fou et cette lueur sombre de tristesse dans ses yeux. Tous les jours on se rejoignait sur ce banc, presque tous les jours il est venue saoul.

Un jour, il est venu sans son meilleur ami au bout de sa main, son bac de bière, il est venu tout seul. Il avait l'air perdu ce jour-là, comme si quelque chose n'allait pas. Il respirait doucement et il répétait sans cesse qu'il était désolé. Il ne rigolait pas ce jour-là, il ne buvait pas non plus. Son adolescence folle était bien plus stricte que ce que je ne le pensais. Il a pleuré, il a pleuré comme si sa vie en dépendait, comme si personne au monde ne pouvait guérir ses problèmes, il a pleuré pour que personne ne l'entende.

Les larmes tombant chacune à leur tour je me suis rapproché de lui un peu égoïste et je me suis imaginé pouvoir être la seule solution possible. Je me suis imaginé un seul instant qu'il pouvait arrêter de pleurer. Mais non, il m'a repoussé, il a crié plus fort que d'habitude, plus longtemps que d'habitude. Cette fois c'était mon tour d'entendre des termes que je ne comprenais pas, il m'a parlé de métastases de maladie, il a gueulé sur tous une ribambelle de personnes accompagnées du préfixe " Dr." , puis il a continué sans s'arrêter, il parlait, encore, toujours. Tous ces mots, il les expulsait comme on expulse le plus vite possible et le plus loin possible de soi une bombe à retardement. Et il s'est arrêté, d'un coup, sans prévenir. Dans le silence il a continué de pleurer et c'est endormi en me parlant de jours comptés.

Il s'est endormi mais je pense qu'il a encore oublié, avec tout cet alcool imbibé, comment ce réveiller.

(c)



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