PDV Thaïs
Toutes ces réflexions et ces émotions ont complètement englouti mon énergie. L'adrénaline est retombée pour laisser place à... rien. Le vide.
Je traîne des pieds jusqu'à la salle de bain. Il est déjà minuit passé, et je n'ai plus la force de réfléchir. Chaque geste est mécanique : j'enlève mes vêtements, j'entre dans la douche. L'eau glisse sur ma peau, froide puis brûlante, mais je ne sens presque rien. Elle efface la poussière, le sang, la sueur... mais pas ce qui tourne en boucle dans ma tête.
Je me sèche, j'enfile un t-shirt trop grand et je me glisse dans le lit immense. Vide. Froid. Le silence pèse si fort qu'il me fait mal aux oreilles. Mes paupières se ferment toutes seules, lourdes, incontrôlables. Mon corps se relâche malgré moi.
Et peu à peu... tout disparaît. Mes pensées se dissolvent, une à une, comme si on me les arrachait. Je ne décide plus de rien. Je ne suis plus là.
Et c'est là que ça commence.
Un couloir sombre. L'air irrespirable. Une odeur de poudre, de fer et de sang m'agresse la gorge. J'avance, mais mes jambes tremblent, comme si elles n'étaient plus vraiment les miennes. Des silhouettes surgissent dans l'ombre.
Angelo, à genoux, une balle plantée en plein cœur. Ricardo, étendu, les yeux vitreux qui me fixent sans ciller. Ashrab, qui rit encore en s'écroulant, la gorge tranchée. Lola, ma Lola, noyée de larmes avant de s'effondrer. Ma tante... mes parents adoptifs... un à un, ils tombent, s'effondrent comme des marionnettes qu'on couperait du fil. Une exécution orchestrée, un carnage silencieux, implacable.
Je crie, mais rien ne sort. Ma gorge s'arrache en silence, mes poumons brûlent. J'essaie encore, mais le vide m'avale. Mes mains sont couvertes de sang, poisseux, gluant. Est-ce le leur ? Le mien ? Impossible à dire. Je secoue mes doigts mais ça colle à ma peau, ça me suit. J'ai l'impression d'être figée dans un tableau macabre, condamnée à regarder sans jamais pouvoir agir. Et au fond de moi, je le sais : ce n'est pas qu'un simple cauchemar.
Je me réveille en sursaut. L'air me déchire les poumons. Ma gorge est sèche, serrée comme si j'avais avalé du sable. Mon t-shirt colle à ma peau trempée de sueur. Mon cœur cogne si fort que j'ai peur qu'il explose. Ma tête tourne, mes mains tremblent. J'ai besoin d'oxygène. J'ai besoin de chaleur. J'ai besoin de lui.
Mes jambes décident pour moi. Il faut que je le trouve. Que je le voie. Que je le touche. Non... le voir suffira. S'il vous plaît, juste savoir qu'il est là.
Alors je sors du lit, pieds nus, sans réfléchir. Le sol glacé me mord la peau, mais je n'y prête pas attention. J'avance dans le couloir. Chaque pas résonne trop fort, comme un écho de ma peur dans l'obscurité. Je cherche Angelo. Je veux me réfugier dans ses bras, retrouver un peu d'air... un peu de sécurité.
Mais très vite, je me rends compte que je ne sais même pas où est sa chambre. Les portes se ressemblent toutes, alignées comme des mirages dans cette maison immense. Mon souffle s'accélère, mes mains tremblent, et chaque poignée que je frôle me glace les doigts.
J'ai peur, parce que je ne le trouve pas. Il est parti ? Il m'a laissée ?
Plus j'avance, plus je me perds. Ma gorge se serre, mes yeux piquent, et l'angoisse monte à une vitesse folle. Je l'appelle en silence, incapable de prononcer son prénom à voix haute, de peur que le son de ma voix se perde dans le vide.
Et là, au milieu de ce couloir interminable, une certitude m'écrase : je suis seule. Terriblement seule.
Mes jambes me lâchent et je pleure. Des pointes, des piques, des lames, j'ai l'impression d'être attaquée de partout simultanément. Je suis recroquevillée, je me fais pitié. Je ressemble à une gamine terrorisée. En fait, c'est ce que je suis actuellement : terrorisée.
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MEXICO
ActionQui choisir ? Que choisir ? Thaïs est perdu mais elle n'hésiteras pas à prendre les armes. Et eux non plus !
