Chapitre 16 - Lilly Anna

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Il est là tout prêt de moi et je n'ai envie que d'une chose, c'est fuir à l'autre bout de la ville. Je savais pourtant que c'était une mauvaise idée, cette journée, ce rapprochement. Rien de tout ça n'aurait dû arriver et d'ailleurs pourquoi je suis aussi affectée par ce qu'il a dit? Je ne voulais pas lui donner ce rôle qui le répugne tant. Je ne voulais rien lui donner du tout d'ailleurs. Ouais tu parles ... Les larmes menacent de baigner mes yeux et je me concentre de toutes mes forces sur ma fille pour ne pas les laisser gagner. Trudy ne cesse de parler depuis tout à l'heure ne semblant pas voir le trouble qui m'habite.

— M'man, tu peux nous laisser s'il te plait?

Non, restez, pitié! Trudy se fige, nous regarde tour à tour avant de rejoindre les autres au salon. 

— Lilly ...

— S'il te plaît ne dis rien. Je veux juste donner à manger à ma fille et rentrer chez moi.

— Ok..., abdique t il dans un souffle. Je vais charger la voiture.

— C'est bon, je vais prendre un taxi.

— Ne dis pas de bêtise, je vous ramène.

Moins d'une demi heure plus tard, je dis aurevoir et remercie chaleureusement les Fields puis grimpe dans la voiture de Colson. Je regarde la route défilée. "Je ne veux pas être un Père de substitution". Sa phrase flotte dans l'air et ne cesse de me vriller les tympans. Il se gare devant mon immeuble et verrouille les portières au moment où je m'apprêtais à sortir.

— Qu'est ce que tu fais? je panique.

— Phil pense que je me rapproche de toi sous prétexte que tu as un bébé. J'ai toujours voulu fonder une famille et il se persuade que la seule chose qui m'attire vers toi c'est ce que je n'ai pas. Il a tord et je le lui ai dit. Ce que tu as entendu en dehors de son contexte peut paraître horrible mais ça ne l'était pas. 

Il fixe la voiture devant nous. Je ne sais pas si je dois le croire mais ce qui est sûr c'est que rien ne doit se passer entre nous dans tous les cas. Il reste avant tout mon prof et j'ai besoin de valider mon année sans y ajouter des problèmes supplémentaires.

— Laisse moi sortir, s'il te plait.

Il soupire et déverrouille les portes. Je m'effondre une fois chez moi. 

Damia me ramasse à la petite cuillère les jours suivants. Quand vient le lundi, j'hésite à aller en cours et puis après tout, je ne vais pas rater mon année pour lui. Je franchis la porte de sa salle à 10h tapante et m'assois au premier rang comme à mon habitude sans un regard vers lui. 

— C'est pour moi ces magnifiques fleurs? roucoule Julia.

— Allez donc vous asseoir Mlle Morrison, tonne Colson.

Je jette un regard sur le bureau de mon prof et découvre un magnifique bouquet de fleurs, composé de Lys blancs et Roses rouges. 

— On a quelque chose à se faire pardonner? se marre un étudiant.

— Justement. On va travailler les probabilités aujourd'hui. Selon vous, quel est, statistiquement parlant, la probabilité de réussir à se faire pardonner avec un simple bouquet?

Un brouhaha s'élève dans la salle.

— Mlle Monroe? demande t il.

Mais à quoi il joue?

— Tout dépend de l'étendue de la bêtise à faire oublier. 

— Et bien, imaginons qu'il ait eue des paroles déplacées et ,qui plus est, mal interprétées.

— Alors je pense que la probabilité de résoudre ce problème est de l'ordre de zéro.

— N'importe quoi. Moi, je vous pardonne tout avec des fleurs pareils, roucoule Julia.

— C'est bien ça ton problème. Tu ouvres les cuisses aussi vite que ta bouche, je rétorque.

— C'est toi qui dit ça? Il est où le père de ton batard déjà?

 — Stop! hurle Colson. Mlle Morrison, dehors.

— Quoi? Mais enfin...

— Dehors! 

Elle me jette un regard noir en quittant la salle. Colson recentre le cours sur ses probabilités. Complétement ailleurs, je n'entends même pas la sonnerie et suis prise de cours lorsque je vois tout le monde quitter la salle. Je me dépêche de regrouper mes affaires mais Colson me barre la route devant la porte.

— On peut parler une minute? 

Je soupire, il ne lâchera pas l'affaire. Il ferme la porte dans son dos et me fait face les bras croisés.

— Tu ne m'as pas répondu ce weekend, souligne t il.

 — J'étais occupée.

— A quoi?

— Qu'est ce que ça peut te faire, enfin? A quoi tu joues?, je m'emporte.

— Je m'inquiète pour toi c'est tout.

— Alors revois ta vocation, tu devrais postuler au poste de psychologue de l'université. 

— C'est ce que tu veux? demande t il calmement.

— Quoi donc?

 — Ca, dit il en nous désignant du doigt. C'est ce que tu veux comme relation? S'ignorer, faire comme s'il ne s'était rien passé.

— Il ne s'est rien passé, je corrige. 

Il s'approche de moi et pose sa main sur ma joue, comme dans sa chambre d'enfance, il me caresse avec douceur et je perds mes moyens. 

— Tu es sûr? Parce que moi j'ai eue l'impression que les choses avaient changé, murmure t il.

Son pouce vient souligner la ligne de ma mâchoire puis la courbe de mes lèvres. 

— Tu pourrais perdre ton job, je murmure à mon tour.

— On a 10 ans d'écart.

— J'ai un bébé.

— Des excuses, on peut en trouver milles. Reste à savoir ce dont tu as vraiment envie?

— J'ai envie de partir.

Sa main retombe lentement le long de son flanc et il s'écarte de moi. La chaleur de son corps disparaît et je respire à nouveau normalement. Je prends mes affaires et fuis. Lorsque j'ouvre la porte, je tombe nez à nez avec le doyen qui nous regarde tour à tour étrangement. 

Pour ElleOù les histoires vivent. Découvrez maintenant