Chapitre 7 - Colson

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Son visage devient si pâle que je crains qu'elle ne fasse un malaise. La comptable ressort et me tend un sourire triste. Je jette un œil à L.A. qui compose un numéro les doigts tremblants.

— Excusez moi? j'interpelle la comptable.

— Oui?

— Vous pouvez me dire pour combien il y en a?

— Vous êtes?

— Le père, je mens avec un sourire.

— Oh, pardonnez moi. Eh bien avec le bilan sanguin, la nuit d'hospitalisation et les divers soins, on en est à 1 850$. 

— Je vois, merci. 

Elle s'éloigne et je retourne dans la chambre.

— Mais ... Alors tu me laisses tomber? ... Merci, vraiment! crache t elle avant de raccrocher brusquement.

Je me sens bête, je vois bien que je n'aurais pas dû entendre cette conversation. Elle essuie ses yeux et je lâche sans réfléchir.

— Je vais payer.

— N'importe quoi, dit elle en reniflant. Vous en avez bien assez fait. Merci, de nous avoir amener cette nuit. 

— L.A., je suis sérieux. 

Elle tourne ses grands yeux vers moi et me sonde.

— Pourquoi tu ferais ça?

— Parce que tu m'as offert une nuit de rêve, je tente de plaisanter mais je fais chou blanc.

Je grimace et elle finit par sourire légèrement. Jenna dort contre elle et elle n'a toujours pas touché à son café ni au muffin que je lui ai tendu tout à l'heure. Je m'approche d'elle et passe une main derrière la tête du bébé. L.A. me regarde sans comprendre. Je me rassieds, la petite contre moi qui dort toujours aussi paisiblement.

— Pour prendre soin d'elle, tu dois prendre soin de toi. Ca commence par un repas décent, je dis en désignant son muffin, et en acceptant les mains que l'on te tend.

Elle sourit en piochant dans sa viennoiserie. En quelques minutes son muffin a disparu et je me demande depuis quand est ce qu'elle n'a pas mangé. 

— Je te rembourserai, finit elle par dire.

— Si tu veux.

— Si on peut étaler les mensualités sur ... 6 mois ... ou un an ... non en faite deux ça serait bien.

Je pince les lèvres pour m'empêcher de rigoler alors qu'elle frotte son visage à la recherche d'une solution miracle qui de toute évidence ne viendra pas. 

— Je ne sais même pas comment tu t'appelles, soupire t elle.

— Colson. 

— Merci, Colson.

Un frisson me hérisse lorsqu'elle murmure mon nom. Toutes mes sirènes sont en alertes, terrain dangereux, terrain miné, on recule, on s'enfuit. 

— Qui est ce que tu as appelé?

— Ma mère...

— Elle refuse de t'aider? Désolé, c'était indiscret, ça ne me regarde pas. Oublie.

Pourquoi je lui pose des questions aussi personnelles? Mais qu'est ce qui me prend? Si quelqu'un nous voyait là, je serais viré sur le champ! 

— Quand je lui ai annoncé que j'étais enceinte, elle m'a coupé les vivre et a refusé de me revoir. La condition pour refaire partie de leurs vies c'était d'avorter. Puisque j'ai refusé, je n'ai jamais plus entendu parler d'eux. 

Mes mâchoires se crispent, m'empêchant d'exprimer ce que je ressens. Comment peut on faire ça à son propre enfant? Les Monroe sont une famille importante dans la région, tout le monde les connait. Je n'aurais jamais pensé que des gens avec ce statut social puissent abandonner leur propre fille pour ses choix. Quoique cela paraît presque "logique", elle a dû ternir l'image de la famille. J'imagine que chez eux, il faut privilégier le paraître avant tout. Et donner naissance à une petite fille sans papa, ce n'est surement pas ce qui est le mieux vu.  

— Ils ne l'ont jamais vu?

Elle secoue la tête. Je n'arrive même pas à imaginer dans quel état émotionnelle elle se trouve depuis près d'un an. 

— Et ... 

Je m'arrête, pourquoi je veux savoir?! Je dois garder mes distances, c'est une nécessité sinon ...

— Le papa? me demande t elle. Tu as le droit de poser la question.

— Non, je n'ai aucun droit. C'est ta vie.

— Tu en as sans doute entendu parler de toute façon, conclut elle en balayant la question d'un revers de main.

— Si je ne lis pas le dossier de mes élèves, c'est avant tout pour éviter de les juger sans les connaître. Je ne tiens pas compte des rumeurs qui circulent. 

Je tiens à lui préciser ce point, parce que oui j'ai entendu des choses mais j'ai eue tellement de versions différentes que je doute qu'une seule soit vrai. Elle ne répond rien et fixe son café sans ciller.

— Je doute que le concierge de 74 ans soit son père et encore moi l'équipe de foot toute entière. 

Un sourire illumine son visage et ses yeux se posent sur les miens, ce que j'y vois me perturbe un peu trop et je déglutis avec difficulté.

— Il est parti à la seconde où je lui ai annoncé ma grossesse. C'était un accident, mais elle était là, dit elle en haussant les épaules. Quand j'ai décidé de la garder il a fait courir des rumeurs plus immondes les unes que les autres. Ton portable n'arrête pas de vibrer, me fait elle remarquer.

— Je sais. Mais disons ... qu'il est préférable qu'il ne sache pas où je suis et surtout avec qui.

Si Phil découvre ce que j'ai fait de ma nuit, je sais qu'il va crier au sexe et demander des détails que je n'aurai pas à lui donner et je préfère éviter qu'elle n'entende ça. Notre relation est déjà assez étrange comme ça, pas besoin d'en rajouter.

—  C'est ton ami? Celui qui est venu à l'université?

— J'avais oublié que tu l'avais vu à la rentrée, je dis avec une grimace ce qui la fait rire.

Elle rit et je me félicite d'avoir réussi un exploit pareil, parce que c'est la première fois que ça arrive en ma présence.  

Pour ElleOù les histoires vivent. Découvrez maintenant