5. Théophile Dupuy

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Il y a déjà deux mois que Théophile Dupuy est installé à Saint-Malo. C'est un retour dans sa ville natale, celle où il a grandi jusqu'à devoir partir pour poursuivre ses études et entrer dans la vie active. Un héritage qui ne pouvait pas se refuser lui a fait reposer ses valises dans la cité corsaire, où il a dû se réinventer, revenir à la vie civile.

— Bonjour. Isabelle, responsable des collections d'antiquités romaines au musée du Louvre.

— Je vous avais dit de ne pas vous déplacer.

Compris dans l'héritage, il y avait de nombreuses œuvres d'art : dessins, tableaux, lithographies, gravures, sculptures. Ne voulant pas avoir la lourde charge de sécuriser ce trésor, il a très vite décidé de revendre la collection amassée par son grand-père. Il ne lui reste plus qu'une œuvre, dont il ne veut pas se séparer.

— Excusez-moi, mais j'aimerais tenter de vous convaincre...

Il ne la fera pas entrer. Ils resteront sur le pas de la porte.

— Je me déplace depuis Paris, malgré mon emploi du temps chargé, parce que cette œuvre est capitale pour nos collections.

— Si vous avez perdu votre temps, ce n'est pas mon problème, je vous ai confirmé à plusieurs reprises que cette œuvre n'était pas à vendre.

— Vous savez de quelle époque elle date ?

— Je connais ma collection, madame.

— Vous ne pouvez rien en faire, puisque la sculpture est considérée comme un trésor national. Elle ne pourra pas quitter le pays.

— Je le sais parfaitement et je n'ai aucune intention de la vendre à de riches Russes ou Chinois. Cette œuvre reste avec moi !

— C'est une très lourde responsabilité. S'il lui arrivait quoi que ce soit...

— Vous ne pouvez rien faire, il s'agit d'une collection privée, acquise légalement, le Louvre n'a aucun recours.

— Cette œuvre doit être exposée au public.

— Elle le sera.

— Que dites-vous ?

— Elle sera la pièce maîtresse de mon nouveau bar.

La conservatrice a fait mine de tomber dans les pommes.

— Vous ne pouvez pas...

— Vous m'agacez à me dire ce que je peux ou ne peux pas faire, puisque en définitive, je fais ce que je veux de ce qui m'appartient. Dans mon testament, je ferai noter que le jour de mon décès cette œuvre reviendra au Louvre, mais pour l'instant, la sculpture reste avec moi.

Il a refermé la porte. La jeune femme a échoué dans sa mission. Elle pouvait juste repartir par le prochain train pour Paris.

Quelques jours plus tard, une opération délicate s'est déroulée à la villa. Théophile voulait faire appel à une entreprise spécialisée, mais étant donné que plusieurs musées d'Europe l'avaient harcelé pour acquérir la statue, il préférait désormais rester discret. Il a souvent regretté d'avoir dit, à la conservatrice du Louvre, que l'œuvre d'art serait exposée dans un bar. Personne ne l'aurait jamais su, ou alors par simple coïncidence. Trop tard, mais il s'est décidé à ne plus mentionner la statue hors de son cercle. C'est pourquoi il a fait venir les employés de son bar, pour permettre son transport.

— Bien, les gars, on va l'emballer comme si elle était en sucre. J'ai acheté des couvertures et des sangles, faites hyper gaffe.

— Oui, chef !

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