4. Du bitume à la plage

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La première étape est assez évidente. Je dois commencer par le nerf de la guerre, l'indispensable pour exister dans ce monde. Je retrouve assez facilement le chemin de ma banque. C'est le genre de commerce qui ne fait jamais faillite. Lorsque j'entre, employés et clients détournent les yeux. Le vigile s'approche rapidement, une banque est le dernier endroit au monde dans lequel on veut voir des pauvres. Et pour l'instant, je suis le stéréotype du sans domicile fixe : les cheveux longs, gras, en bataille ; une barbe touffue ; des vêtements d'un autre âge... d'il y a dix ans ! Je donne mes papiers au vigile qui apporte le passeport à l'agent de l'accueil. Ce dernier entre les données dans son ordinateur et, voyant mon dossier, se lève pour venir à ma rencontre. Il me serre la main et me propose un café, ce qui ici est l'équivalent du tapis rouge à Cannes.

Il me conduit jusqu'à un bureau. Sans rendez-vous, j'ai accès à une conseillère, visiblement heureuse de me voir. Je soupçonne ces employés de fumer de l'herbe. La conseillère observe longuement mon passeport. Elle regarde la photographie, puis ma tronche, puis à nouveau le document, avant de consulter mon dossier.

— Un problème ?

— C'est la première fois que je rencontre ce cas. Votre compte est affiché comme suspendu. Cela n'arrive que lorsqu'il n'y a quasiment aucun mouvement bancaire pendant une très longue période.

— Comme vous le voyez, je sors de prison.

C'est surtout ce point qui la perturbe. Elle tente de rester impassible, mais elle est très mauvaise comédienne. Forcément, la mention « prison » ne peut qu'étonner, ce n'est pas quelque chose que l'on voit tous les jours.

— Il y a quand même eu des mouvements ?

Je m'autorise à regarder l'écran d'ordinateur.

— Oui, des abonnements qui continuent à courir. Je vous explique : vous avez un compte épargne qui rapporte quelques pour cent par an. Chaque fois que vous êtes à découvert, de l'argent du compte épargne se déverse sur votre compte courant. Les mouvements sont minimes, donc depuis dix ans il n'y a eu aucune alerte, aucun découvert.

— Super. C'est quoi, cette somme en bas ?

Elle ne semble pas très contente que je regarde son précieux écran d'ordinateur.

— Votre épargne.

Pas possible ! Elle vient de me dire que mon compte épargne n'était pas extrêmement rentable, pourtant mon solde est à sept chiffres ! Voilà la raison pour laquelle ils m'ont déroulé le tapis rouge alors que j'ai l'apparence d'un clochard.

— Que voulez-vous faire ?

Déjà, je voudrais savoir d'où vient tout cet argent ! Pour cela, il faut que j'aie à nouveau accès à mes relevés de comptes.

— Eh bien, je veux tout : une carte de crédit, un chéquier...

— Très bien. Il faudra quelques jours pour recevoir la carte. Le chéquier, vous devrez patienter une semaine. En revanche, je peux vous donner du liquide, quelle somme voulez-vous ?

— Je ne sais pas trop.

— Pas plus de deux mille euros, c'est la loi. Et je vais établir immédiatement une carte de retrait.

— Je pense que ça suffira. Mais, vous ne demandez aucun autre document ? Je veux dire, sur mon dossier il n'est pas écrit « suspendu ».

La phrase exacte est « décédé, en attente de l'acte notarié ».

— Vous ne devriez pas voir ce genre d'information. Que voulez-vous que je fasse, demander un certificat de vie ? Ce document n'existe pas en France, il n'est délivré que par d'autres pays. Je ne peux que vous croire, même si le compte sera sous surveillance.

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