C'est chaque fois un stress d'embaucher de nouveaux employés. Un stress qui vient surtout du fait qu'il est impossible de savoir comment ils vont se comporter, s'ils seront efficaces, gentils avec les clients et s'ils vont plaire à ces derniers. Normalement, je profite de la période d'essai pour juger des qualités des nouveaux. La situation est différente aujourd'hui, puisqu'on m'a demandé d'embaucher Antonin et Hadrien. Même s'ils sont nuls, je vais devoir les garder. Je croise les doigts pour qu'ils se montrent quand même un minimum à la hauteur, il est hors de question que je mette mon bar en péril.
— Bien, vous êtes prêts à découvrir votre nouveau lieu de travail ?
— Dis-moi qu'il se situe au bord de la mer !
— Je crois que tu vas avoir une bonne surprise.
J'ai eu beaucoup de chance. Mes recherches d'un emplacement pour mon bar ont coïncidé avec une superbe opportunité, de celles qui ne se présentent qu'une fois tous les dix ans... enfin, je n'ai pas de véritables statistiques. Le gérant d'un hôtel-restaurant, installé dans un bâtiment historique le long du Sillon, la plage principale de Saint-Malo, a pris sa retraite. Il n'y avait pas de repreneur. J'ai sauté sur l'occasion pour acheter les murs et le fonds de commerce.
— Ah oui, je ne m'imaginais pas du tout ce genre de bâtiment.
— Tu pensais à quoi, Antonin ?
— Un bar underground, dans un sous-sol, un peu caché du reste de la ville.
— Sache que je ne fais jamais les choses à moitié.
Je les laisse découvrir la salle principale, le rez-de-chaussée, dont le réaménagement a demandé des mois. J'avais une vision assez claire de l'ambiance que je voulais créer, par contre je n'avais aucune idée de la façon de réaliser cette vision. J'ai trouvé le bon architecte, avec lequel le feeling est tout de suite passé, et je ne sais pas comment il a fait, mais il a réussi à créer exactement ce que j'avais en tête.
— Ici, vous avez les éléments principaux : le bar et la piste de danse.
— Qu'est-ce qu'ils font ?
Mes employés de jour s'activent, selon le même rituel que l'on suit au quotidien.
— À dix-sept heures, le restaurant ferme. On retire toutes les tables et chaises pour transformer l'endroit en bar.
— Restaurant familial le jour, bar gay la nuit, il fallait oser.
— Jouer sur les deux tableaux permet de dégager un chiffre d'affaires.
J'ai aussi eu la chance de trouver une personne de confiance pour gérer le restaurant. L'établissement est ouvert de huit heures du matin à cinq heures du matin. Les premiers mois, j'étais aux commandes en permanence, mais il est évident que ce n'est pas tenable. Il est difficile de trouver quelqu'un en qui l'on peut avoir assez confiance pour diriger les troupes durant l'absence du patron, mais j'ai découvert la perle rare.
Nous nous approchons de la pièce maîtresse de cette salle, qui attire toujours le regard. La sculpture d'un homme, nu.
— Qui est-ce ?
— Notre archéologue doit le savoir.
— C'est Antinoüs, n'est-ce pas ?
— Exactement.
Il n'a eu aucune hésitation, c'est plutôt bon signe.
— Et tu l'as protégé par une vitre pour que les clients ne se frottent pas à ses parties intimes ?
— Dès qu'une œuvre est ailleurs que dans un musée, les gens s'autorisent à la toucher.
— Mais c'est une réplique, rassure-moi !
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L'Imaginaire
Genel Kurgu« Ils sont trois : Antonin, Hadrien et Théophile. Leurs prénoms sont des indices. Pour l'instant, ils ne se connaissent pas. Le destin, lui, ne recule devant rien pour arriver à ses fins. Et la destinée a un objectif : réunir ces trois hommes. Ens...
