Chapitre 18

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Le 23 septembre 1969, le jour de l'anniversaire de Jacques Junior, commença comme n'importe quel autre jour, mais pour Émelie, c'était une journée particulièrement éprouvante.
Depuis l'aube, elle s'affairait dans la cuisine, préparant des amuse-gueules et des décorations. La maison était remplie des effluves sucrées du gâteau en cuisson, une tâche qu'elle ignorait que Nicolas avait prise en charge. Émelie était méticuleuse et organisée, notant chaque détail dans un carnet pour s'assurer que tout se passerait sans accroc.

Pourtant, la fatigue marquait son visage, ses cernes révélant les nombreuses nuits de sommeil interrompu par les pleurs de leur fils ou les insomnies causées par l'inquiétude constante.

« Émelie, tu es sûre que tu ne veux pas que je t'aide ? » demanda la sœur d'Émelie, Marie, en entrant dans la cuisine.

« Non, c'est bon, Marie, merci. J'ai tout sous contrôle, » répondit Émelie avec un sourire forcé.

« Juste s'assurer que les enfants ne touchent pas aux décorations avant que tout soit prêt. »

Marie hocha la tête et partit rejoindre les enfants. Émelie soupira et regarda l'horloge. Nicolas aurait dû être debout depuis longtemps.

Nicolas, dans une tentative maladroite de contribuer, avait commandé un gâteau en cachette. Depuis qu'il avait trouvé un travail dans un bar en mai, un emploi qui n'avait fait qu'accentuer son envie de boire, il essayait de se racheter auprès de sa famille.

Malheureusement, dans son état d'esprit embrouillé, il avait oublié que Jacques Junior était allergique aux noix.

Le matin venu, Nicolas se réveilla avec un mal de tête lancinant et le cœur lourd de regrets. En descendant les escaliers, l'air de fête le frappa comme une gifle.
Des ballons multicolores flottaient au plafond, et Jacques Junior, tout sourire, portait une couronne en carton marquée "4 ans". Nicolas se figea, réalisant soudain l'ampleur de la journée.

« Papa ! » cria Jacques Junior en courant vers lui, les bras ouverts. Nicolas se força à sourire, mais ses yeux trahissaient sa détresse. Émelie le rejoignit, un sourire forcé sur les lèvres.

« Nicolas, tu as tout préparé pour le gâteau ? » demanda-t-elle, une légère suspicion dans la voix.

« Oui, bien sûr », répondit Nicolas, sa voix rauque. Il se dirigea vers la cuisine et apporta le gâteau qu'il avait caché.

Les invités, y compris la famille de Nicolas, se rassemblèrent autour de la table.

Pendant que tout le monde chantait "Joyeux anniversaire", Nicolas sentit le poids des regards sur lui. Chaque sourire semblait une accusation, chaque rire une condamnation silencieuse.
La pression d'être le mari parfait, le père parfait, l'homme parfait lui écrasait les épaules.

Ses parents, Jacques et Candy, observaient chaque détail avec une sévérité implicite, prêts à juger le moindre faux pas.

Jacques Junior souffla les bougies et Nicolas, fier de sa surprise, coupa le gâteau et servit une part à chacun. Mais à peine quelques bouchées plus tard, Jacques Junior commença à tousser et à se gratter frénétiquement. Ses yeux se remplirent de larmes, et il se mit à suffoquer.

« Jacques ! » cria Émelie, paniquée.

Elle se précipita vers lui, tandis que les autres invités s'affolent. Nicolas, horrifié, comprit immédiatement ce qui se passait.

« C'est une allergie ! » hurla Candy, la mère de Nicolas.

« Il faut l'emmener à l'hôpital, vite ! »

Nicolas, paralysé par la culpabilité, ne bougea pas. C'est Émelie qui prit les devants, portant Jacques Junior vers la voiture avec l'aide de son frère.
Ils partirent en trombe, laissant Nicolas seul avec ses pensées sombres.

À l'hôpital, la soirée se termina dans une salle d'attente froide et impersonnelle. Nicolas, assis dans un coin, se noya dans ses regrets. Émelie, épuisée et en colère, ne lui adressa pas un mot.

Jacques Junior, après avoir reçu les soins nécessaires, dormait paisiblement sous la surveillance des médecins.

Les parents de Nicolas étaient présents, et leur jugement silencieux se faisait sentir. Son père, Jacques, secoua la tête avec dédain.

« Comment as-tu pu être aussi irresponsable, Nicolas ? » murmura-t-il, assez fort pour que tout le monde l'entende.

« Je... je ne sais pas ce qui m'a pris. Je voulais juste aider, » balbutia Nicolas.

Candy, sa mère, croisa les bras et ajouta,

« Tu es une déception pour cette famille. »

La lune éclairait faiblement le parking de l'hôpital, et Nicolas leva les yeux vers les étoiles, se rappelant les nuits passées à parler d'avenir avec Jeff.

L'idée de fuir, de vivre une vie loin des attentes sociétales, semblait plus attrayante que jamais. Mais pour l'instant, il n'était qu'un homme perdu, incapable de concilier ses désirs avec les attentes de ceux qui l'entouraient.

Alors qu'il se tenait dans le parking, Émelie sortit de l'hôpital, les larmes aux yeux et la rage au cœur. Elle se planta devant Nicolas, ses poings serrés.

« Tu es vraiment incompétent, Nicolas ! » s'écria-t-elle.

« Je t'ai juste demandé d'acheter le gâteau, et tu n'as même pas pu faire ça correctement. Tu as failli tuer notre fils ! »

Les mots d'Émelie frappèrent Nicolas comme des coups de poing. Il baissa la tête, incapable de soutenir son regard. Elle continuait, sa voix brisée par les sanglots.

« Comment as-tu pu être si négligent ? Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? Tu es un danger pour notre famille, Nicolas. »

Nicolas tenta de se justifier,
« Émelie, je... je suis désolé. Je voulais bien faire, vraiment. »

Mais Émelie secoua la tête, désespérée.

« Désolé ne suffit pas, Nicolas. J'ai passé des semaines à tout organiser, à m'assurer que tout serait parfait pour Jacques Junior. Et toi, tu arrives à tout gâcher. »

Émelie se mit à pleurer, ses larmes coulant librement. Elle se détourna finalement de lui et se dirigea vers la chambre d'hôpital de leur fils, laissant Nicolas seul avec sa culpabilité. Il s'assit sur un banc dans le parking, se prenant la tête entre les mains.

Il se souvient des paroles de Jeff, autrefois.

« Fuyons, Nicolas. On pourrait tout laisser derrière nous, vivre dans une jolie maison avec des clôtures blanches, deux enfants, un chien et un chat. On pourrait être heureux. »
Ces paroles résonnaient dans son esprit, plus tentantes que jamais. Mais la réalité de sa vie actuelle était tout autre. Il se leva finalement et se dirigea vers la salle d'attente de l'hôpital, prêt à affronter les conséquences de ses actes.

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boxer and his soldier [B×B]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant