Némésis poussa la porte de sa loge, une pièce à part, éloignée des éclats de rires et des bavardages de celles qui partageaient les loges communes : les autres danseuses et fille de compagnie c'est à dire, de joie. Ce privilège, elle l'avait gagné à la sueur de son corps, à la force de son regard, et au prix de son nom. Ici, dans cet espace minuscule mais à elle seule, elle pouvait s'extraire du chaos du club, ne serait-ce qu'un instant.
L'air y était différent : plus calme, plus frais, empli des parfums qu'elle aimait, des notes de vanille qui lui appartenaient et qui marquaient son territoire comme une signature invisible. Bien entendu, l'air était également chargé de la drogue dont Némésis avait bien du mal à se dépêtrer : "Le Baiser Noir", une substance comme son nom l'indique, noire mais aussi poudreuse, extraite d'une plante toxique qui pousse près des égouts contaminés de Zaun. Elle est souvent fumée dans des pipes, produisant une sensation de chaleur intense et une évasion mentale temporaire, mais elle est hautement addictive et finit par empoisonner lentement le corps.
Elle s'installa devant sa coiffeuse en soupirant, un meuble usé dont le bois écaillé trahissait les années de service, mais qui était paré de petites touches qui lui appartenaient. Un bouquet de fleurs séchées pendait dans un coin, et des flacons de parfums s'alignaient dans un ordre précis, brillants sous la lumière tremblotante des ampoules entourant le miroir. Également, on pouvait y trouver une autre paire de gant. Ce miroir était son seul confident, celui qui voyait tout, de la femme fatale qu'elle offrait au monde à la silhouette vulnérable qu'elle s'efforçait de cacher.
— Bon sang ma fille.. marmonna Némésis en regardant son reflet fatigué dans le miroir. Regarde toi..
Elle sortit un pinceau et commença à tracer sur son visage les lignes de son personnage, celui que tous les hommes adoraient et toutes les femmes redoutaient. Pourtant, même sans artifice, sa beauté envoûtante frappait comme une gifle. Ses longs cheveux roux ondulés tombaient en cascades brillantes jusqu'à ses genoux, leur éclat rappelant un incendie dévastateur. Ses yeux, d'un vert émeraude intense, semblaient pouvoir percer les âmes les plus opaques, encadrés de cils noirs, si longs qu'ils frôlaient ses pommettes. Des taches de rousseur parsemaient son nez, ses joues et ses épaules, vestiges de son innocence passée, contrastant avec ses lèvres rouges pulpeuses qui murmuraient promesses et interdits.
Chaque geste qu'elle faisait, chaque mouvement de pinceau, accentuait son allure de sirène des bas-fonds. Ses formes voluptueuses, dessinées avec une précision presque cruelle par la nature, étaient une arme redoutable : celles qui faisaient tomber les hommes et rêver les autres danseuses. Elle était Némésis, l'étoile du club, celle que tout le monde regardait mais que personne ne pouvait vraiment atteindre.
— Tourne, tourne, ta cage est belle, commença t'elle à chanter. Mais jamais tu ne goûteras au ciel.
Némésis jeta un œil aux gants qui protégeait chaque jour ses mains avant de se lever pour enfiler une tenue ne laissant guère place à l'imagination en regardant son reflet encore et encore sans pour autant arrêter de chanter.
— Les rêves meurent, étouffés dans la boue, les étoiles pleurent ma fille ô, mais pas pour nous mhhhmhh..
Lorsqu'elle sortirai de cette loge, encore, comme tous les soirs, elle devrai redevenir Némésis, celle qu'ils idolâtrent, celle qu'ils désirent, et celle qu'ils craignent de briser.
— Ô ma fille, mais pas pour nous.. ô ma fille mais pas pour nous.. mhmhmhhh.
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Les Arcanes Vagabondes
FanfictionElle danse au cœur des ténèbres, dans un monde où la lumière ne brille qu'en fragments. Zaun l'a forgée, rude et intrépide, mais derrière ses gants de velours se cache une peur ancienne, celle de toucher et d'être touchée. Lui, c'est Viktor. Une âme...