Chapitre 32

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Le vent soufflait fort ce matin-là. Il fouettait le visage de la protagoniste, la forçant à plisser les yeux, comme une menace invisible qui la poussait à avancer malgré l'ombre qui pesait sur son esprit. Le ciel était d'un bleu pâle, presque blafard, sans nuages, une mer d'indifférence au-dessus d'elle. Elle se tenait là, dans la cour de la cabane, juste devant la porte, à quelques pas d'une liberté qu'elle savait illusoire. Le sol sous ses pieds était poussiéreux, battu par le vent, comme une scène de guerre en attente d'une nouvelle confrontation. Le silence était lourd, presque oppressant, empli d'une tension qu'elle ressentait dans ses os, dans son souffle. Le monde semblait suspendu, figé dans l'attente de ce qui allait suivre.

Les pieds ancrés dans la terre battue, elle se surprit à se rappeler d'autres moments, d'autres paysages. Avant que tout cela ne commence, avant qu'elle ne tombe dans l'abîme. Elle se souvenait des rues de la ville, des rires des passants, de la lumière crue du soleil se reflétant sur les vitrines des magasins. Tout semblait si lointain, comme une autre vie, une vie qui ne lui appartenait plus. À présent, tout semblait tourné vers lui. Jeff.

Elle sentit son cœur se serrer, une sensation de vide s'emparant de sa poitrine. Il n'était pas loin. Elle savait qu'il était là, quelque part, à l'observer, attendant qu'elle fasse le moindre mouvement. Il la suivait toujours, sans relâche. Elle ne pouvait s'empêcher de frissonner à l'idée de savoir que ses pas étaient suivis, ses pensées déchiffrées.

Au fond d'elle, quelque chose d'inquiétant montait. Une forme de dépendance. Elle ne savait pas quand cela avait commencé, mais elle sentait qu'il avait en lui cette capacité d'envahir sa réalité jusqu'à l'écraser sous son poids. Elle n'était plus maîtresse de son esprit. Ses pensées tournaient autour de lui, se plaignaient de sa présence et, pourtant, cherchaient constamment sa validation. Cela ne faisait aucun sens. Pourquoi, alors qu'il était celui qui lui avait tout pris, elle se retrouvait à chercher une forme d'approbation de sa part ?

Elle sursauta lorsque la porte de la cabane s'ouvrit lentement. Une silhouette se dessina dans l'embrasure de la porte. Ce n'était pas un fantôme. C'était lui. Jeff. Il se tenait là, le regard fixe, indifférent aux tourments qui agitaient son esprit. Un sourire en coin, comme si tout cela n'était qu'un jeu pour lui.

Jeff : « Je t'ai laissée dehors trop longtemps. »

Il avait cette voix calme, mesurée, mais les mots étaient empreints d'une menace sourde, comme des couteaux cachés sous un manteau de douceur. Elle ne bougea pas. Ses bras repliés contre sa poitrine étaient une tentative maladroite de se protéger de cette pression invisible, de repousser l'étreinte de sa domination. Mais ses pensées étaient une autre histoire. Ses pensées étaient déjà perdues.

Jeff s'avança doucement vers elle, son regard glissant sur elle comme une vague, la submergeant petit à petit. Il n'avait jamais cessé de l'observer, de la scruter, la déchiffrer. Chaque mot, chaque geste, était une étape dans un puzzle qu'il n'avait de cesse de vouloir assembler. Elle était sa pièce maîtresse. Il la savait vulnérable. Il savait que, peu importe la distance qu'elle mettait entre eux, il suffirait d'un mot, d'un geste, pour la ramener dans ses filets. Et, de façon inexplicable, elle le savait aussi.

Jeff : « Tu sais, c'est drôle... » Il se pencha vers elle, l'air songeur. « Tu crois encore que tu pourrais m'échapper ? »

Il marqua une pause, comme pour savourer l'effet de ses paroles. Elle sentait ses yeux sur elle, comme s'il scrutait chaque fibre de son âme. Il s'arrêta devant elle, presque trop près, sa silhouette se découpant dans la lumière pâle de l'aube.

Jeff : « Chaque fois que tu te dis que tu veux partir, tu t'éloignes un peu plus de ce que tu sais être vrai. » Il tendit une main vers elle, effleurant doucement sa joue, ce contact qui la fit frissonner d'un mélange de terreur et de désir. « Je suis tout ce que tu as. »

Les mots s'étaient enfoncés profondément en elle, comme des clous dans un cercueil. Elle se sentait piégée. À chaque regard qu'il posait sur elle, chaque caresse involontaire de ses doigts, elle se sentait à la fois attirée et repoussée, coincée dans un tourbillon d'émotions contradictoires qu'elle n'arrivait plus à maîtriser.

Elle : « Pourquoi... » Sa voix tremblait, faible, mais elle continuait malgré tout. « Pourquoi faire ça ? Pourquoi moi ? »

Il ne répondit pas tout de suite, la laissant suspendue à ses lèvres, les yeux fuyant les siens. Il s'éloigna d'un pas, mais ne la quitta pas du regard. Un sourire presque imperceptible se dessina sur ses lèvres.

Jeff : « Parce que tu es la seule à pouvoir me comprendre. » Il la fixa longuement, ses yeux sombres scrutant son âme comme un chercheur fou. « Toi, et moi, on est pareils. »

Elle eut un frisson de dégoût, mais son esprit se heurta à la vérité cruelle de ses mots. Elle se voyait dans son reflet, un reflet déformé par ses manipulations, par l'obsession qu'il avait insufflée en elle. Mais elle n'arrivait plus à savoir où il commençait et où elle finissait. Il était en elle, comme une empreinte indélébile.

Le silence s'éternisa. Elle sentit son corps vaciller, tiraillé entre l'envie de le repousser et la peur de se retrouver seule, sans lui, sans cette présence omniprésente qui, d'une manière déformée, l'avait rendue vivante. Elle avait honte de ses pensées. Mais elle ne pouvait s'empêcher de se retrouver piégée, coincée dans un cercle vicieux qu'elle n'avait pas créé, mais qu'elle n'avait pas su briser.

Enfin, il se tourna pour se diriger vers l'intérieur de la cabane, comme si de rien n'était. Elle le suivit, par réflexe, sans même en être consciente. Son corps s'était mis en mouvement sans qu'elle n'en ait pleinement conscience, comme une marionnette sous le contrôle de son maître. Elle n'avait plus le pouvoir de se contrôler.

À l'intérieur, l'atmosphère était lourde, chaude, suffocante. Il referma la porte derrière lui avec un calme effrayant, et son regard, posé sur elle, portait une promesse silencieuse : elle n'échapperait pas à ses griffes.

Jeff yandere x reader Où les histoires vivent. Découvrez maintenant