Chapitre 24

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La cabane était silencieuse. Le vent soufflait fort, faisant grincer les vieux murs en bois. À l'extérieur, les ombres des arbres se balançaient comme des spectres, dansant sous l'effet des rafales. À l'intérieur, une autre forme d'isolement régnait, tout aussi oppressante.

Les yeux de la lectrice se fixaient sur les flammes dans la cheminée, mais son esprit était ailleurs. Le crépitement du feu semblait trop lointain, comme un bruit de fond, une distraction qui ne faisait qu'accentuer le vide.

Elle n'avait plus de repères. Elle n'avait plus de volonté propre. Jeff occupait désormais toute la scène, son ombre planant sur tout. Lui, avec sa violence douce, avec son amour tordu. Chaque regard, chaque geste de lui était une caresse et une menace en même temps.

Pourquoi était-elle toujours là ? Elle se posait la question parfois, mais la réponse était de plus en plus floue, comme si les mots se déformaient au fur et à mesure qu'ils s'échappaient de ses lèvres.

Le temps s'étirait dans cette cabane. Les heures se succédaient dans une routine qu'elle n'osait pas briser. Il était là, toujours. Toujours près d'elle, dans un besoin irrépressible de la garder à ses côtés. Quand il était loin, une partie d'elle ressentait un vide qui la serrait, mais dès qu'il revenait, la tension se faisait plus forte. Comme un enchevêtrement de fils invisibles qui se tordait autour de son cœur.

Elle se leva brusquement du fauteuil, les jambes engourdies par la position. Elle se dirigea vers la fenêtre, s'appuyant contre le cadre, observant les ombres des arbres dansantes sous le vent. Il faisait froid. Trop froid. Mais elle n'avait pas envie de se réchauffer. Elle n'en avait plus la force. Elle s'était habituée à cette sensation de vide.

Puis elle se souvint de lui. D'Elias. Il était toujours là, dans la pièce voisine. L'odeur de sa blessure imprégnait encore l'air. Mais il ne bougeait pas, il ne disait rien. Il n'osait même pas la regarder. Son regard de détresse était trop lourd pour qu'elle le supporte.

Elias... Il l'avait trouvée, il avait voulu la sauver. Mais à quel prix ? À quel prix lui avait-elle donné cette fausse illusion d'espoir ?

Elle ferma les yeux. Il l'avait vue avant. Elle était la même. La même fille de l'autre jour. Mais aujourd'hui, elle était perdue. Complètement déconnectée de tout ce qu'elle avait pu être.

Elle se tourna alors, écoutant les bruits dans la pièce voisine. Jeff était là, dans l'ombre. Il la fixait, une étrange expression sur son visage. L'expression d'un homme obsédé. Elle n'arrivait même plus à lui en vouloir. Après tout, c'était lui qui l'avait sauvée, elle, la faiblesse incarnée. Il l'avait protéger de ce monde qu'elle ne comprenait plus. Le monde de la douleur, de la peur. Il était son abri. Mais à quel prix ? À quel sacrifice ?

La question la torturait, mais chaque fois qu'elle essayait de la formuler dans son esprit, elle était engloutie par une sensation plus forte. Le besoin de lui. Elle en avait peur, oui, mais elle en avait aussi besoin.

À l'extérieur, une autre brise souffla, accompagnée du bruit étouffé d'un cri lointain. La lectrice s'approcha d'une porte derrière la cheminée. Une porte qui menait à une cave. Le bruissement du vent dehors semblait assourdir ce cri, mais il était bien réel. Elias. Il pleurait. Ce cri, il était pour elle. Pour la sortir de cette prison qu'il imaginait. Mais il ne savait pas. Il ne savait pas à quel point elle était déjà , avec lui.

Elle ferma les yeux, mordillant sa lèvre inférieure. Et si tout ça n'était qu'un jeu ? Un jeu de domination, de contrôle ? Peut-être que, finalement, elle n'avait pas à se sauver. Peut-être qu'il l'avait transformée en quelque chose de nouveau, une version d'elle-même qu'elle n'aurait jamais imaginée.

Le bruit d'une porte s'ouvrant la tira de ses pensées. Jeff entra dans la pièce, le regard brillant. Il s'approcha d'elle sans dire un mot. Ses yeux scrutaient ses traits, comme s'il pouvait y lire quelque chose de nouveau à chaque instant. Puis il posa sa main sur son épaule, d'un geste doux, presque paternel.

Jeff : « Comment tu te sens ? »

La question était étrange. Pas à cause de la formulation, mais parce qu'elle semblait sortir d'une bouche qui ne savait même pas ce que ça voulait dire, ce qu'il cherchait à entendre.

Elle haussait les épaules, hésitant. Puis, dans un élan qui la surprit elle-même, elle répondit, sa voix presque étrangère à ses oreilles.

Toi : « Je me sens... comme avant. Mais aussi... différente. »

Elle n'avait pas dit ça pour lui. Elle s'était surprise à le dire à elle-même. À chercher les mots pour comprendre ce qu'elle ressentait, pour se donner une sorte d'explication, même si elle savait que cela ne ferait qu'ajouter à la confusion.

Jeff, lui, haussait les sourcils, son regard scrutant chaque détail de son visage. Il ne disait rien pendant un moment, comme s'il pesait ses mots, comme s'il voulait s'assurer de ne pas briser l'instant. Puis, il la prit doucement par la taille, ses doigts serrant légèrement sa peau.

Jeff : « T'es à moi. »

Un frisson glacé la parcourut, mais elle n'eut pas la force de le repousser. Elle ne voulait pas. Elle ne voulait plus.

Elle était là, dans ses bras. Elle était son monde.

Le silence s'installa entre eux. Un silence lourd, presque palpable. Elle sentait la chaleur de son corps contre le sien. Elle savait que tout allait basculer si elle en avait le courage. Mais la peur de ce qui se passerait ensuite la paralysait. Et elle ne voulait plus être seule.

À l'extérieur, Elias continuait de gémir, mais cette fois-ci, quelque chose avait changé. La lecture du silence s'était brisée.

Elle regarda Jeff.

Toi : « Il a encore... des chances de partir, tu sais. »

Jeff, dans un murmure à peine audible, hocha la tête. Ses lèvres effleurèrent ses cheveux, tout près de son oreille.

Jeff : « Pas tant que tu es là. Pas tant que tu choisis de rester. »

Et elle choisissait. Elle choisissait, sans le savoir vraiment. Choisir, c'était se soumettre. Choisir, c'était accepter de se perdre, de disparaître dans la lueur de cette folie, dans les bras de ce monstre.

Elle ne savait plus comment tout cela finirait. Mais elle savait que, peu importe ce qui arriverait, elle serait toujours là, à ses côtés.

Et c'était tout ce qui comptait.


Jeff yandere x reader Où les histoires vivent. Découvrez maintenant