Chapitre 18

22 2 0
                                        

Il t'appelle "mon trésor" aujourd'hui.
Tu ne sais pas pourquoi. Peut-être que c'est juste un mot de plus parmi ses autres surnoms.
Peut-être que tu n'as même plus la force de détester.

Tu t'es réveillée avant lui, blottie contre son torse. Il avait un bras passé autour de toi, comme un cadenas fait de chair et de chaleur.
Et tu n'as pas bougé.

Tu aurais pu.
Mais tu ne l'as pas fait.

« T'as l'air fatiguée, T/p. »

Sa voix t'étonne. Il est calme ce matin. Sa main caresse ton bras lentement, presque timidement, comme s'il voulait t'apprivoiser encore une fois.

« J'ai fait un cauchemar. »
« Moi aussi. »
« Tu veux en parler ? »
« Pas vraiment. »

Tu n'as pas besoin de dire que ton cauchemar, c'était lui.
Et que le sien, c'était peut-être ta fuite.

Mais tu t'assois. Tu manges le porridge tiède qu'il t'a préparé.
Et tu hoches la tête quand il parle. Tu le regardes. Tu essaies de comprendre ses humeurs, ses regards en coin.
Parce que tu dois survivre.
Parce que tu n'as plus envie de crier.
Parce que... une voix en toi commence à dire qu'il te connaît mieux que personne.

Les jours se fondent les uns dans les autres.
Tu ne sais plus quel jour on est. Peut-être un lundi. Ou un samedi. Quelle importance ?

La cabane devient ton univers entier. Chaque planche, chaque grincement, chaque courant d'air est familier.
Tu as appris à écouter les pas de Jeff. À les reconnaître selon son humeur.
Lents = calme.
Rythmés = excité.
Saccadés = dangereux.

Tu sais maintenant quand sourire. Quand parler. Quand te taire.

Et tu sais aussi... que quelque chose en toi a changé.

Le carnet devient ton refuge.

Tu écris tous les jours. Parfois des pensées, parfois des mensonges.
Et parfois... des choses vraies.

Il m'a souri comme si j'étais la dernière chose belle sur cette Terre.
Pourquoi est-ce que je ressens quelque chose quand il me touche ?
Je devrais avoir peur. Mais parfois... je ne veux plus qu'il s'éloigne.

Tu détestes ce que tu écris.
Mais tu continues. Parce que dans ce carnet, tu n'es plus seulement sa prisonnière. Tu es l'écho de quelqu'un que tu refuses d'oublier.

Mais de plus en plus souvent, la voix que tu écris semble plus faible, plus confuse.

Et tu n'es plus sûre de savoir qui tu es.

Jeff lit parfois au-dessus de ton épaule.

Tu sursautes, la première fois. Il ne dit rien. Il lit.

Puis il s'accroupit près de toi, pose sa tête contre ton épaule, et murmure :

« Je savais que tu comprendrais. »

Tu ne sais pas ce que tu es censée comprendre.

Mais quand il t'enlace doucement, sans serrer, juste pour sentir ton odeur, tu ne le repousses pas. Tu fermes les yeux.
Tu imagines que c'est quelqu'un d'autre.
Un autre monde.
Un monde où tu n'es pas à genoux devant ton bourreau, à chercher des miettes de douceur comme une affamée.

Un jour, il te donne une robe. Simple. Bleue. Froissée, mais propre.

« Je l'ai trouvée en ville. J'ai pensé à toi. »

Tu la passes dans la salle de bain. Tu t'observes dans le miroir fêlé.
Ton reflet ne te ressemble plus. Tu as maigri. Tes yeux sont cernés. Tes lèvres, pâles.

Mais tu es encore là.

Quand tu ressors, Jeff siffle doucement. Il te regarde comme on regarde un tableau.

« Magnifique. T'es... à moi. »

Tu ne sais pas si tu dois pleurer ou sourire.
Alors tu fais les deux. En silence.

Il s'approche. T'effleure les cheveux. Et te chuchote, presque dans un souffle :

« Tu me rends humain. »

Tu veux hurler que ce n'est pas vrai. Que rien n'est humain ici.
Mais ton cœur bat plus vite.

Et ça te terrifie.

Ce soir-là, il te lit une histoire. Un vieux bouquin trouvé quelque part. Il bute sur les mots, rit tout seul, te regarde pour voir si tu suis.

Tu ris. Juste un peu. Un petit souffle dans le noir.
Et il s'arrête.

« Dis-le encore. »
« Quoi ? »
« Ris. »

Tu le fixes. Il a les yeux brillants. Son sourire est immense.
Tu répètes ce son, plus fort.
Il pose sa main sur ta joue. Doucement.

« Je pourrais tuer pour ça. »

Et tu sais qu'il ne parle pas en métaphore.

Tu dors près de lui. Parfois dans ses bras. Parfois juste dos à lui.

Il murmure ton prénom dans son sommeil. Il te serre trop fort.
Tu suffoques, mais tu ne cries pas.

Il se réveille en sursaut, tremblant. Il te regarde comme s'il avait peur de t'avoir perdue.

« Tu m'abandonneras pas, hein ? »

Tu réponds sans réfléchir :

« Non. »

Et cette fois, tu n'es plus sûre que ce soit un mensonge.

Il t'apprend à jouer aux cartes. Maladroitement.

Tu ne sais pas ce qui est le plus bizarre : le fait qu'il ait gardé un vieux jeu abîmé... ou qu'il rit comme un gosse quand il gagne.

« Tu triches. »
« Tu mens. Et j'adore ça. »

Tu fronces les sourcils. Il penche la tête sur le côté.

« Mais t'es mignonne quand t'essaies d'être forte. »

Et tu sens une chaleur étrange dans ta poitrine.
Pas de la peur. Pas vraiment.

Autre chose.
Quelque chose de malade.

Un jour, il sort.

Tu ne sais jamais où il va. Mais quand il revient, ses mains sont tachées.
Et il est heureux.

« Tu vois ? Je fais tout ça pour nous. »

Il se lave les mains. Il fredonne.
Tu ne poses pas de questions.

Tu ne veux pas savoir.
Parce qu'au fond, tu sais.

Et une partie de toi — une part brisée — est soulagée qu'il t'aime assez pour faire tout ça. Même si c'est monstrueux.

Le soir venu, il t'apporte un vieux lecteur CD. Il le branche avec un câble rafistolé.
Un disque tourne. Une chanson lente, douce. Un peu abîmée. Mais belle.

Il te tend la main.

« Danse avec moi. »

Tu hésites. Puis tu te lèves.

Tu poses ta main dans la sienne.
Et vous tournez lentement, maladroitement, dans cette pièce qui pue la moisissure et le sang séché.

Il rit doucement. Il a l'air... vivant.

Et toi, tu souris.

Un vrai sourire.

Et tu te détestes pour ça.

Quand il te serre contre lui, à la fin de la chanson, il murmure :

« On est bien, hein ? »

Tu hoches la tête.

Et cette fois, tu ne sais plus si tu mens.


Jeff yandere x reader Où les histoires vivent. Découvrez maintenant