Chapitre 36

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La pluie tombe, drue, en rideaux, murmurant des secrets dans l'obscurité. La nuit, déjà lourde de son silence, semble attendre quelque chose. Ou peut-être, c'est toi que la nuit attend. Cette fois, tu sais qu'il est là, quelque part dans les ombres, une présence familière, un fantôme du passé qui te hante encore, plus fort que jamais. Et même dans cette tempête, tu sens la chaleur de son regard, lourd comme une promesse, comme un poids sur ton cœur.

Il t'a appelée. Par sa lettre. Ces trois mots griffonnés à la hâte : "Endors-toi, T/P." Tu n'as pas hésité. Comment l'aurais-tu pu ? Même après tout ce temps, même après tout ce qu'il t'a fait endurer. Tu sais, au fond de toi, qu'il est le seul à pouvoir te comprendre. Lui seul sait ce que tu ressens. Et c'est lui que tu veux. Pas les autres. Pas ce monde qui t'a rejetée, qui t'a utilisée et abandonnée. Lui. Toujours lui.

Tu t'échappes en silence, discrète comme une ombre, évitant les regards des gardes, mais tes mains, tes pieds, ton cœur tout entier trahissent l'angoisse, la peur, l'excitation. Mais tu sais pourquoi tu fuis. Tu sais que ta place n'est pas ici, dans cet endroit froid et isolé. Ta place est ailleurs. Loin de tout ça. Avec lui.

Les murs blancs de ta prison sont trop clairs, trop propres, trop... sûrs. Tu les haïs. Ils te rappellent la cage invisible dans laquelle tu t'es retrouvée, cette cage qui te maintenait à distance de tout ce qui comptait vraiment. Mais ce soir, tu as décidé que tout ça allait changer. Ce soir, tu te libères. Ce soir, tu vas retrouver ce qui t'a été arraché. Et tu es prête à tout.

Ton souffle est court, mais tes jambes avancent sans faiblir, glissant dans les couloirs sombres du complexe. Tu as appris à te faufiler dans l'ombre, à marcher sans bruit, comme lui. Comme Jeff. Parce que tu sais qu'il t'a façonnée, transformée en une autre version de toi-même, une version prête à tout pour lui.

Lorsque tu entends des pas s'approcher, tu n'hésites pas. Tu te baisses dans l'ombre, tout juste un souffle, un frôlement dans la brume de la nuit. Mais quelque chose, un bruit, une alerte qui sonne au loin, te dit que le temps est compté. Alors tu ne perds pas une seconde. Tu sais qu'il te faut le retrouver. Peu importe comment.

Ils arrivent.

Les gardes. Ces silhouettes floues dans l'obscurité, ces corps imposants qui te traquent sans relâche. Ils ne savent pas. Ils ne peuvent pas savoir ce qui se cache derrière ton regard, la folie et l'amour mêlés dans un même abîme. Ils ignorent la vérité. Que tu n'as jamais été prisonnière. Que tu es, toujours, sa complice.

Tu attends, immobile, le cœur battant dans ta poitrine. Lorsqu'ils s'approchent, ton corps réagit d'instinct. Ta main se glisse sous ta veste, où tu as dissimulé l'arme. Un couteau, froid, tranchant. Il brille sous la lueur vacillante des néons. C'est lui qui t'a appris à te défendre ainsi, à ne jamais montrer de faiblesse. À toujours frapper avant d'être frappée.

Le premier garde s'avance sans méfiance, ses pas lourds résonnant dans la pièce silencieuse. Il ne voit pas ton mouvement, trop rapide, trop précis. Tu lui prends son arme, un coup sec et rapide, et l'enfonces dans son ventre. Il gémit, un cri étouffé, avant de s'effondrer, inerte. Le deuxième garde arrive à sa suite, mais tu l'entends juste à temps, tu sais ce qu'il va faire avant même qu'il ne le fasse. Tu te faufiles à côté de lui, frappant dans ses côtes, tordant son bras dans une prise qu'il ne peut pas comprendre avant qu'il ne soit trop tard. Il tombe, grognant de douleur, mais tu n'hésites pas. Pas cette fois.

Tu prends l'arme qu'il portait, un pistolet. Un pistolet pour te protéger, pour avancer. Parce que tu sais que la forêt t'attend, qu'il t'attend. Et que chaque seconde que tu perds ici, dans ce monde, est une seconde où tu t'éloignes de lui.

La porte est là, juste devant toi. Mais, avant de franchir le seuil, tu t'arrêtes un instant. Une dernière pensée fugace traverse ton esprit, comme un éclat de lumière dans les ténèbres. Tu as mal. Tu as mal à l'âme, à tout ton être, mais cette douleur, tu la connais. Elle est familière, elle fait partie de toi. Tout comme lui. Et ça t'effraie, mais ça te nourrit aussi. Ça t'entraîne. Tu sais que, si tu t'arrêtes maintenant, tu te perds à jamais.

Alors, sans un mot, tu franchis la porte.

La pluie te frappe le visage, glacée, brûlante. L'air est lourd, empli du parfum de la forêt qui te rappelle un autre temps, une autre époque. C'est là que tu l'as rencontré, c'est là que tout a commencé. Là où il t'a prise sous son aile, où il t'a transformée. Là où tu es devenue ce que tu es aujourd'hui.

Tu ne réfléchis plus. Tu cours, sans but, sans savoir exactement où tu vas, mais tu sais que tu le retrouveras. La forêt est dense, le vent souffle fort, comme pour te repousser, comme pour te dire que tu n'as pas ta place ici. Mais tu es déterminée. Tu ne peux plus revenir en arrière. Tu le sais. Tu le sens dans chaque battement de ton cœur. Il est là, quelque part, dans ces ténèbres.

Et tu cours, encore et encore, jusqu'à ce que la forêt s'ouvre devant toi. Et là, au bout du chemin, tu le vois. Son visage, le regard fixe, profond, presque absent. Il est là. Tout comme toi. Perdu. Mais cette fois, il n'y a plus de doute.

Il t'attend.

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⏰ Dernière mise à jour : May 05, 2025 ⏰

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Jeff yandere x reader Où les histoires vivent. Découvrez maintenant