Chapitre 34.2 : Relation et punition

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— Enfin, il m'a avoué dès le premier soir qu'il ne savait pas se débrouiller seul.

Tel un oisillon tombé bien trop tôt du nid, Tery avait montré une incapacité notoire par rapport à tout ce qui l'entoure. Peut-être que madame Liza avait raison ? En vrai, j'avais besoin de lui autant qu'il avait besoin de moi. Nous étions complémentaires. Il m'a permis de m'ouvrir à des sentiments qui m'étaient inconnus alors que moi, j'ai pu lui apprendre les bases de tout. Oh... Vu qu'il était âgé de dix-huit ans, comme moi, autant dire que ce n'était pas une partie de plaisir mais...

— C'est vrai qu'il paraissait quand même bien plus instruit que ce à quoi je m'attendais.

Un fils de paysans, élevé par une mère seule, il n'arborait pas les caractéristiques d'une personne studieuse. Normalement, il aurait été plus musclé et moins ... intelligent. Pendant que je mange un repas vite-fait par mes soins, je ne peux m'empêcher de réfléchir à la question.

— Le plus impressionnant a été son aptitude à savoir lire et écrire. Hmm hmm...

Dans les villages isolés comme celui de Leskar, il est difficile d'avoir une éducation, surtout réservée à des enfants de marchands ou de la noblesse. Il y a bien des bases pour les enfants ruraux mais ça s'arrête là. Mais Tery ? Tery avait soif d'apprendre et surtout avait une aptitude à comprendre plus facile que la moyenne. Comme si au fond de lui, il possédait un savoir qu'il avait caché depuis toutes ces années.

— Hmm, je devrais arrêter de me tourmenter sur ce point.

Et en vrai, ce n'était pas de la tourmente, juste de l'interrogation. Si un jour, j'ai la possibilité de voir la mère de Tery et de discuter avec elle, je pense qu'il sera temps pour elle de se mettre à table et de subir un petit interrogatoire de ma part ! L'idée me fait sourire alors que je me retrouve à observer le ciel orangé.

Avec le temps qui s'écoule, la nuit va finir par tomber mais j'observe les cieux, songeur. Ma joue posée sur ma paume, je me demande comment Tery se débrouille. Est-ce qu'il a réussi à rejoindre l'armée ? S'il n'a pas rejoint l'armée, est-ce qu'il est devenu un aventurier ? Un mercenaire ? Ses dernières paroles étaient... vraiment... dures. Il ne pouvait plus faire confiance à quiconque. J'avais été son dernier espoir après toutes ces années. Je n'avais pas saisi l'importance de ses dires sur le moment mais... est-ce qu'il a souffert d'une trahison dans le passé ? Il m'a raconté qu'il s'était isolé chez lui, pendant des années, ne sortant pas malgré les demandes incessantes de sa mère mais il n'a jamais voulu m'en dire plus.

— Il y aurait tellement à se dire...

C'est vrai. Maintenant qu'il n'est plus là, j'ai vraiment cette sensation de vide et de manque, comme si une partie de moi s'était séparée contre mon gré. Incapable de lutter contre ça, je fini par me rendre dans la pièce qui me sert de chambre. Pas besoin de bougie, la lueur lunaire se suffit à elle-même, éclairant ma pièce. Mon lit a été bien entretenu, merci madame Liza. Mais est-ce qu'il a toujours été aussi petit ? Je plonge à l'intérieur, le masque déposé sur la table de nuit à du lit. C'est... la première fois que j'ai retiré mon masque aussi longtemps, même en étant chez moi. C'est vraiment... une journée étrange.

— Neel ? Neel ! Il est l'heure de se réveiller.

Quelques coups à la porte. Pas de tambourinage. L'heure de se réveiller ? Hmm... Il est quelle heure en réalité ? Mes yeux s'ouvrent pour regarder vers l'extérieur. Oh ! Le soleil est déjà bien haut dans le ciel et la voix de madame Liza se fait à nouveau entendre :

— Neel ! Tu n'es pas une marmotte ! J'espère ne pas être obligée de rentrer. Tu sais que j'ai tout ce qu'il faut pour ça, non ?

— C'est bon, c'est bon, je vais me lever !

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