Le pourpre bleu

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Je suis amoureuse de ma meilleure amie.

Son visage, ses courbes et son être blessent mes convictions et ce qu'on m'a toujours répété. Son rire est comme du diamant, beau mais terriblement inaccessible. Son art la représente et la crée toute entière : elle est les peintures qu'elle réalise. Ma meilleure amie est le genre de fille qui vous fait comprendre à la fois le bonheur des films pour adolescents et le spleen de Baudelaire.

On me demande parfois quel sens pourrait bien avoir ma vie, maintenant que je suis en terminale et que je dois trouver un avenir et, d'un coup d'un seul, devenir une adulte. Avoir mon appartement, des études convenables et une idée de vie à construire. Au moins, quand je suis avec elle, j'oublie que ces responsabilités planent au dessus de moi. Je me sens alors capable de voler, de toucher les nuages et d'être. Tout simplement. D'être.

Dans les rues des centaines de personnes manifestent souvent : une fille ne peut aimer une fille, un homme ne peut aimer un homme. Je suis on ne peut plus d'accord : ce que je ressens dépasse bien le simple amour.

J'aime aussi les garçons, j'ai déjà eu des copains, mais est-ce que cela doit limiter mes possibilités ? J'ai dix-huit ans et une palette infinie de couleurs dans mes mains, que je ne souhaite que libérer sur ses toiles, sur sa toile. Elle est mon amie, ma soeur et mon échappatoire.

Quand ça devient trop dur d'être adolescente, je me réfugie chez elle, elle me fait un chocolat chaud et loue un film. Ma meilleure amie a la capacité de changer les malheurs en bonheur et a transformé le bleu que j'avais en moi en un pourpre émerveillé.

Les filles peuvent aimer les filles. C'est normal et acceptable. Je me vois l'aimer et partager mon existence avec sa liberté, mais rien ne me dit qu'elle partage mes idées. Qu'elle aussi est une fille qui aime les filles. Qu'elle aussi est prête à laisser ses couleurs s'échapper. Il me faudrait toute une vie pour l'accepter et paradoxalement, en une soirée je peux tout oublier. Mon esprit divague quand son coeur est près du mien.

Avant elle, j'étais bleue, d'un bleu froid et sans clarté. Elle m'a touchée et j'ai changé de teinte, devenant un être capable de tout combattre, de tout accepter et de tout surpasser. Je me noie dans ses yeux et je me retrouve dans ses jeans déchirés. Est-ce possible d'être à ce point entrainée dans l'autre ?

Allongée près d'elle, consciente de cet amour qui n'ira jamais que dans un sens et que je ne dévoilerai jamais, j'oublie mon adolescence.

Morceaux d'adolescenceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant