Et si nous n'étions rien d'autre que nos propres limites ? Posé près de la piscine, mes meilleurs amis collés à moi, je me questionne. Au final, nous vivons dans un mode de possibilités infinies, mais la seule chose qui nous empêche de nous accomplir, c'est nous-même.
Pourquoi aller en cours, et ne pas tout plaquer, partir vivre ? Ce n'est pas dans une salle de classe huit heures par jour que nous allons devenir les meilleures versions de nous-mêmes. C'est pour « faire de bonnes études et pouvoir ensuite exercer le métier qui nous plaît » qu'ils disent. Mais sur une classe, combien réalisent leurs rêves ? Combien s'envolent aussi loin qu'ils l'espéraient quand ils avaient seize ans et besoin d'illusions pour tenir ? Peu d'entre nous vont devenir les vrais versions d'eux-mêmes.
Et si là, maintenant, tout de suite, je cassais mes économies et partait avec Mila et Vincent en Californie, qu'on réalise nos rêves de surfs et de parachute, qu'on teste cette existence vendue dans les magazines et sur Internet. D'autres y arrivent, cela ne doit pas être tellement inaccessible, si ? Pourquoi est-ce qu'une certaine barrière persiste malgré tout ?
Flume passe sur notre chaîne hi-fi. Le soleil fait chauffer chaque parcelle de mon corps et me maintient dans cette torpeur. Je ne suis plus près de la piscine, je m'envole avec mes rêves. L'adolescence est une période de construction tellement complexe, et avec les réseaux sociaux que l'on possède tous, le sentiment que les autres vivent mieux que nous persiste. Qu'ils ont de meilleurs amis, que les destinations de leurs voyages sont plus belles et que leur jeunesse est éternelle. Mais tout est faux sur ces plateformes. On le sait tous. Mais ça ne nous empêche pas d'y croire. Ca ne nous empêche pas de jouer le jeu.
Je m'envole au-dessus des maisons, aperçoit mon quartier. Je n'ai pas grandi à Paris ou Los Angeles, comme ces jeunes que tout le monde envie. Ma ville ne passera jamais à la télévision. Tous veulent la quitter, mais peu le réaliseront. Les inégalités scolaires ont cette fâcheuse tendance à venir bruler les rêves de tous ceux qui pensent trop à la vie et pas assez aux études. Je quitte le quartier, et c'est bientôt toute la France que je peux voir.
Ravagée par les attentats, la montée de l'extrême droite et les vagues racistes et homophobes, que reste t'il vraiment de ce pays ? De mon pays, où je ne me reconnais plus ? Pour nous les jeunes, le seul endroit où s'accomplir est Paris, mais l'argent est manquant. On nous dit qu'on peut y arriver si on le veut. On nous ment.
Le monde entier m'apparaît maintenant et mes questions enflent. Quel est le réel sens de notre existence. Comment cela se fait-il que nous soyons là, que je sois là ? Quelle était la probabilité que mes parents soient au même moment au même endroit ce soir là, qu'ils se rencontrent, qu'ils se parlent, qu'une romance naisse et dure, et que je finisse par naître ?
Mes bras flottent dans l'espace et ma tête va exploser. Qui somme-nous ?
« Tous à l'eau ! »
L'éclaboussure me réveille, et la plongée dans l'eau glacée me fait vite oublier cette parenthèse enchantée.
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Morceaux d'adolescence
Historia CortaRecueil de (très, très) courtes nouvelles sur l'amour, la jeunesse, l'art, les doutes et l'amitié.
