Le calme de la mer

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Je plonge et l'eau glacée m'enveloppe entièrement. Elle attaque mes os et me force à fermer les yeux. Le soleil perce timidement à travers les vagues, mais je ne le vois pas.

Là-dessous, je me sens bien. Au calme. Rien ne se passe et pas un son ne vient perturber cet immense univers. J'en viens à envier les poissons. A envier les algues, les coquillages, à jalouser tout ce qui n'est pas humain. Tout ce qui ne sera jamais blessé.

Maman veut que je rentre bientôt, mais est-ce que cela marche encore maintenant que j'ai changé de réalité ? Ici, rien ne peut m'atteindre, rien ne peut plus me heurter ni me faire douter de quoique ce soit. Je n'ai qu'une compagnie, qui est la mienne, et elle me convient parfaitement. Retourner sur la plage, pour qu'on se moque de mes rondeurs, de ma timidité, de la couleur de mes cheveux ? Non merci.

Ariel se transforme en écume à la fin de La Petite Sirène et peut-être que j'aimerais bien le faire, moi aussi. J'emmerde ceux qui disent que la vie est toujours belle et qu'il faut être positif tout le temps. La vie, souvent, ça craint. On ne finit pas tous riches et célèbres. Dans l'eau, ces valeurs n'existent même pas. Les poissons se moquent bien du fait que mon maillot de bain vienne de chez Primark et pas de chez Gucci.

La vie a tout de même ses beaux côtés. Les couchés de soleil. Les jours pluvieux. Les bons livres. Plus rien n'existe dans l'eau, là où les bulles s'envolent et que le temps est une variable inconnue. Je dois avouer que c'est dur de tenir chez les humains. Ils sont bizarres. Ils me rejettent, critiquent mes vêtements, ne comprennent pas mes choix. Ils prônent la différence, puis la blâme. Pourquoi suis-je parmi eux ?

Mes yeux commencent à brûler, mes poumons à souffrir. Ca fait du bien, de ressentir quelque chose, de voir le combat pour la vie qui s'opère en moi. Le soleil me paraît clair maintenant. Puis je pense à ma famille. A mes amis. A ma petite soeur Julie. L'eau ne les contient pas.

La vie, c'est un combat. Mais au milieu de celui-ci, au coeur des pleurs et des nuits passées à rester éveillé, je repère une certaine beauté. Pour ces raisons, et tant d'autres, je sors ma tête du monde paisible dans lequel je viens de me réfugier.

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