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Emma marchait dans son palais, les mains croisées dans son dos, songeant à toutes les questions et les idées qui affluaient sans cesse dans son cerveau. Ces temps-ci étaient sombre, et dans toute cette obscurité, il y avait Emma qui en était la principale responsable. Si on franchissait la sortie du palais, c'était un paysage ternis, envahi de nuages semblant frôler le sol qui s'offrait à nous.

Elle se sentait terriblement seule, et cela durait depuis plusieurs millions d'années. Le palais dans lequel elle logeait était si propre que l'on pouvait lécher le sol sans heurter le moindre goût douteux. Évidement, il lui arrivait très fréquemment de faire le ménage, elle ne pouvait faire que cela.

Emma avait quitté sa planète il y a quelques années, à la recherche de la vie. Et malheureusement pour elle, elle l'avait trouvé. Elle avait parcouru les planètes, les villes, tous ces bars où affluait l'alcool et les personnes se tapant dessus. Face à ce spectacle, elle était rentrée sur sa planète, pleurante.

Mais depuis ces jours mauvais, une idée ne cessait de la torturer, de la hanter, nuit et jour. Elle avait une idée plutôt intelligente sur l'instant, mais vu sa réflexion, elle avait trouvé tous les défauts de cette idée très rapidement.

Elle avait pensé, que grâce à la puissance qu'elle possédait, elle serait certainement capable de créer un autre être vivant comme elle. Elle se demandait seulement, si l'être qui apparaitrait de cette œuvre serait réellement heureux à ses côtés, si en plus par malheur, elle ne parvenait pas à remettre sa planète sur pied.

De grosses larmes coulaient déjà sur les joues d'Emma à l'idée de devoir passer l'éternité, seule, des milliards d'années l'attendaient encore. Elle ne pouvait pas subir ça.
C'était alors sur un coup de détermination qu'elle fit demi-route à sa marche, et qu'elle alla dans son bureau à l'étage.

Elle prit une feuille sur le meuble de bois, et commença à écrire quelques lignes, elle savait que ces écrits pourraient l'aider, si jamais un jour elle craquait face à la difficulté de son projet. L'étagère à ses côtés était remplis de livres de tout style qu'elle avait rédigé elle-même.

Sur les quelques lignes qu'elle était en train de rédiger, elle prêtait une sorte de serment, comme quoi peu importe les difficultés à franchir, elle vouerait sa vie à donner du bonheur à la personne qu'elle allait créer.

Elle laissait en plan son travail, pour se précipiter vers les sous-sols du palais. Elle savait où elle devait se rendre, elle choisit la pièce la plus cylindrique de ces lieux et pénétra à l'intérieur. Ne pas savoir si elle était en train de commettre une erreur la dévorait, c'est ainsi que durant une bonne quinzaine de minutes, elle ne cessa de pleurer, et de prier au fond d'elle-même, pour que cette erreur n'en soit pas une.

Elle se rendit à l'évidence que tout ceci était inévitable, et finit par s'avancer plus franchement dans la pièce. Au centre de celle-ci, se trouvait un point surélevé, une sorte de petite pyramide coupée transversalement. Elle ferma les yeux quelques secondes, et concentra les émotions qu'elle ressentait, la détresse, la solitude, la tristesse. Et c'est de sa poitrine, que sortit un rayon de lumière vive en direction de ce fameux point surélevé.

Un important halo sphérique se forma, et prit petit à petit, de l'ampleur. La lumière était affreusement aveuglante, mais Emma ne pouvait s'empêcher de regarder sa création à l'œuvre. Elle voyait distinctement la forme d'un corps se construire dans la lumière, faisant couler quelques larmes sur ses petites joues rosées.

La lumière se dissipa sans prévenir, d'un seul coup, dans une sorte de flash, qui força Emma à fermer les yeux. Et c'est après quelques secondes, dans un silence, qu'elle rouvrit les yeux, pour les porter sur sa création. Son cœur se mit à palpiter à la vue qui s'offrait à elle. Un homme, aux cheveux bruns, bouclés lui retombant sur les épaules et au teint halé se tenait devant elle, debout sur le point surélevé.

Il était comme les nourrissons, nu et vulnérable, mais Emma s'approcha de lui, toujours absorbée par la beauté de l'homme qui se trouvait en face d'elle. Après s'être approché jusqu'à ce que leurs visages ne soient plus qu'à quelques centimètres, elle observa avec admiration ses prunelles brunes, tout comme lui observait ses prunelles vertes.

Emma ne voulait pas en rester là, elle voulait lui offrir quelque chose. C'est alors que de la poitrine de la jeune fille sortit le même rayon de lumière qui lui avait servi à créer l'homme en face d'elle. Ce dit rayon pénétra dans la poitrine du jeune brun, elle lui offrait un pouvoir sur elle-même, elle le liait à elle.

- Tu te nommeras Michael. Lui souriait-elle.

Toujours absorbé par sa contemplation, le maintenant dénommé Michael rapprocha dangereusement son visage d'Emma, et captura ses lèvres, avec l'infinie douceur qu'il possédait, électrisant les battements de son cœur.

La WeyterOù les histoires vivent. Découvrez maintenant