Épisode 39 : "Redis-le."

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Après cette soirée meurtrie, ils décidèrent de loger dans un motel au bord d'une autoroute en attendant de repartir le lendemain matin. Durant tout le trajet, aucun des trois amis n'avaient émit un son. Karma avait conduit dans un silence que même Kirua et Manon ne connaissaient pas de lui. Et juste après s'être installés dans leurs chambres, l'adolescent s'était enfermé dans une chambre à part, sans qu'un mot ne sorte de sa bouche.
- Alors ? Parla Kirua.
Manon haussa des épaules :
- Il n'est toujours pas sorti.
Elle s'assit ensuite aux côtés de son ami tout en soupirant.
- Je ne l'avais encore jamais vu comme ça, dit-t-elle. Toi si, j'imagine...?
- Juste une fois, mais c'est quand on était gamins et qu'il vivait en foyer. Mais je t'avoue que là...
Il se perdit dans ses mots. Même si il est vrai que ce n'est pas la première fois que Kirua voyait son ami dans cet état, il fallait dire que jusqu'à maintenant, il ne l'avait encore jamais vu dans une telle rage qu'il ne l'était d'habitude. Et ça, non seulement ça l'inquiétait, parce qu'il se demandait combien de temps il faudrait à Karma pour s'en remettre – sachant que cela pouvait durer plusieurs jours – mais ça l'attristait aussi de voir son ami autant bouleversé.
- Tu as le droit d'être triste pour lui, Kiru.
- Je suis juste inquiet pour son état, c'est tout. Si nous n'étions pas arrivés avant Manon, dis-toi qu'il aurait pu faire pire.
- ...
- On arrivera jamais à le changer, pas vrai...?
Manon observa tristement son ami, qui avaient les mains appuyées sur sa tête. Elle qui tenait énormément à Karma, ne pouvait plus supporter de le voir comme ça. Si elle allait le voir dans sa chambre, peut-être arriverait-t-elle à le faire parler ? Il fallait au moins qu'il mange quelque chose. Elle repensa en cet instant à la dernière crise de colère de Karma. C'était exactement le même scénario que cette fois-là : il s'était enfermé dans sa chambre, Manon était venue le voir, une part de pizza à la main. Et de là, elle avait réussi à le faire rire. Pourquoi ne pas y remédier ?

Elle se leva alors avant de se diriger devant la porte de Karma. Elle frappa contre cette dernière doucement, plusieurs fois, sans obtenir une réponse derrière. Tant pis : elle ouvrit la porte, et fut surprise de constater qu'il n'y avait personne.
- Karma ?
Tout en s'avançant, elle balaya la chambre du regard. Était-il sorti ? Non, car elle entendit du bruit en direction de la douche. La porte s'ouvrit ensuite, et Manon aperçut son ami, avec seulement son pantalon de porté. Elle détourna aussitôt le regard suite à la vue du torse nu mouillé de l'adolescent, qui la regardait avec étonnement.
- Oh désolée...! Je ne savais pas que tu venais de prendre ta douche...
- Pas grave.
Il l'a dépassa, cherchant son paquet de cigarettes sur le lit. Se trouvant dos à elle, Manon observa sa belle musculature où quelques légères gouttes de ses cheveux mouillés tombèrent sur ses épaules. Elle ne put s'empêcher, à ce moment-là, de le trouver incroyablement sexy et attirant. Elle secoua par la suite vivement la tête, pensant que ce n'était vraiment pas le moment de penser à des choses comme ça.
- Je... je devrais peut-être te laisser te rhabiller, je repasserai plus tard...
Voyant qu'il ne répondait pas, elle s'en alla sans en rajouter plus, le cœur lourd. Mais alors qu'elle franchissait la porte, elle entendit de sa voix :
- Attends.
Elle se stoppa net, se retournant lentement vers lui.
- Tu veux une clope ?
Elle fut surprise, mais hocha de suite la tête en guise de réponse. Elle s'approcha alors, lorsque Karma la prit subitement par les épaules avant de la serrer contre lui. Manon s'étonna mais lui rendit tout de même son étreinte, caressant doucement son dos du bout des doigts.
- Tu n'aurais jamais dû me voir comme ça, lui dit-il au creux de son cou.
- Ne dis pas ça.
- Mais ça a dû te faire peur, non ?
- Et bien... un peu, mais...
Elle s'arrêta suite aux doux baisers que Karma lui offrait sur son cou. Elle se recula ensuite, le regardant droit dans les yeux :
- Ça m'a énormément touchée de te voir autant affecté. À ce moment-là, je me suis dis : "je ne sais pas pourquoi mais... il faut que je le protège. Que je prenne soin de lui".
De là, elle passa ses mains sur les joues de l'adolescent avant de poursuivre :
- Et c'est ce que je compte faire à partir de maintenant. Je te promets que je ne te lâcherai pas, Karma. Je ne te lâcherai jamais.
Le concerné la regarda intensément. Ses dernières paroles lui firent vaguement penser à celles de Clémence, quand cette dernière lui avait juré de ne jamais le laisser tomber.
- C'est exactement ce que m'avait dit Clémence, et elle est morte par ma faute.
- Arrête. Ce n'est pas de ta faute si elle est morte, c'est celle de Jung. Mais Jung est mort maintenant. Et puis...
Elle esquissa ensuite un petit sourire, avant de relever les yeux vers Karma :
- Moi, je ne suis pas Clémence.
De là, elle l'embrassa tendrement, sans lui  laisser le temps de répondre. Il lui rendit alors son baiser, où celui-ci devint de plus en plus profond. Ses mains se baladèrent avec douceur sur le corps de la brune, où ceux de Manon se mirent à caresser sa nuque. Ils s'arrêtèrent ensuite, reprenant leur souffle.
- Je t'aime Karma.
Ses mots lui firent comme un électrochoc. Il avait pour habitude d'entendre des filles lui dire ce genre de phrase, mais là...
En cet instant précis...
Que ce soit Manon qui lui dise une chose pareille sans prévenir..., le laissait perplexe.
Il voulut lui répondre, seulement rien ne lui vint à l'esprit. Manon lui caressa alors sa joue, un petit sourire sur le coin de ses lèvres :
- Tu n'es pas obligé de me répondre. J'avais juste envie que tu le saches.
Elle lui embrassa le cou, à de multiples reprises, laissant son ami inerte. Elle venait de lui faire part de ses sentiments, mais lui, qu'en pensait-il ? Il tenait à Manon, ça, c'était inévitable, mais... au point de lui dire qu'il l'aime, est-ce que ça, c'était possible ? Il ne savait pas pour l'instant, et se dit qu'il devrait sûrement laisser les choses prendre son cours, même si il fallait du temps. Néanmoins, entendre cela d'elle... sans savoir pour quelle raison, il aimait ça. Il aimait l'entendre lui dire « je t'aime », pour la première fois.
Et alors qu'il sentit les mains de Manon descendre lentement sur son torse, il porta ses mains derrière ses cuisses, avant de la porter tout contre elle. De là, il la fit basculer doucement sur le lit avant de remplir son corps de doux baisers, ce qui tordit de l'intérieur Manon, le fait qu'il l'embrasse si tendrement.
- Redis-le.
- Quoi...?
- Que tu m'aimes. Redis-le.
- Je t'aime...
- Encore.
À ces mots, Manon sourit avant de l'embrasser passionnément. Et pendant le reste de la soirée, elle lui répéta ces mots, se laissant baigner dans un désir charnel.

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