Une alliance au goût de miel - Partie 1

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Brandy Piano.

L'un des "restaurants" les plus cotés de tout Atlanta. Et par restaurant, il fallait comprendre piano bar avec vue panoramique, cuisine cinq étoiles et certainement discothèque à l'un des trois étages. Ambre resta un long moment à contempler la devanture lumineuse de ce bâtiment d'un blanc nacré haut de trois étages et la file d'attente s'étendant sur les deux trottoirs. D'après les rumeurs, il fallait réserver deux ans à l'avance pour espérer pouvoir y dîner, et bien six mois pour simplement y prendre un verre. La vampire avisa la carte des plats et boissons qui reposait un présentoir en faux or, eux aussi donnaient le vertige, il lui aurait bien fallu pour pouvoir manger ici, et seule.

Les douze coups de minuit résonnèrent au loin rappelant à la jeune femme que la nuit avançait et qu'elle ne savait toujours pas où elle pouvait espérer trouver Jace. 

Toujours ahurie que le lieu de résidence d'un clan de vampire puisse se trouver au beau milieu des humains, elle s'avança vers la file compacte.  A peine gêner, une partie des gens patientant semblèrent immédiatement s'intéresser à la tenue de la nouvelle venue. Ambre ne le remarqua pas immédiatement, trop absorbée par ses pensées, mais c'était tout une partie de l'assistance qui avisait en direction de ses jambes. Elle essaya d'abord de détourner le regard, espérant qu'ils arrêtent, mais rien n'y fit.

— Quoi ? Finit elle par exploser en dévisageant les mal polis. Vous voulez une photo ?

De petits toussotements contrits se firent entendre tandis que les notables se détournaient enfin. Avisant sa tenue, la vampire finie par comprendre. Elle portait toujours la mini-robe d'Alice, un ensemble noir moulant avec un décolleté si profond qu'il était presque possible de voir son nombril. Pour se protéger du froid de septembre, la jeune femme ne portait qu'une simple veste de cuir et des escarpins, pas étonnant que la foule la trouve curieuse. Ou alors c'était seulement le prix visiblement modeste de sa tenue ? Il fallait dire qu'elle faisait presque de la peine face à l'apparat de ces dames habillées par des créateurs.

— Je... Commença elle à répondre, cherchant une excuse.

— Madame Lefranc ? Fit une voix détendue dans son dos. Ambre Lefranc ?

Une partie de l'assistance retient son souffle alors que la vampire se retournait lentement.

— Qui la demande ? Murmura elle en découvrant son interlocuteur.

Derrière elle avait surgit un homme tout à fait singulier. Dans la trentaine, et semblant sortie tout droit d'un clip de J-pop, se tenait un albinos aux yeux rouge sang. Coiffé avec élégance, ses court cheveux blancs reposaient en mèches dociles sur son front, mettant en valeur sa mâchoire carrée et son nez fin. Il était vêtu d'un costume trois pièces d'un blanc et d'un repassage parait, dont le monochrome n'était brisé que par sa cravate rose pâle et une pierre d'azur à son oreille.

Azur... Amabilia. Résonna la voix d'Ash à son oreille. C'était donc l'un de ceux qu'elle cherchait. Une rapide concentration confirma son intuition, le cœur de cet homme ne battait pas dans sa poitrine.

— Nous vous attendions. Si vous voulez bien me suivre, mademoiselle Lefranc ? L'homme lui tendit son bras comme l'aurait fait un lord des siècles passés. Mes frères sont à l'intérieur, ils seront ravis de vous recevoir.

Des murmures d'incompréhensions et de scandales passèrent dans le public de cette étrange scène, mais l'inconnu ne sembla pas y prêter la moindre attention alors qu'il s'en retournait, Ambre à son bras, vers l'entrée du Brandy Piano.

— Et vous êtes ? Questionna timidement la vampire sans ralentir le pas.

— Hector Brandy, charmé mademoiselle,  je suis le cadet des trois, celui qui porte du rose.

— Ah... Fit Ambre sans comprendre.

Le vigile leur ouvrit d'avance le cordon alors que le duo touchait à peine es marche de l'escalier. Ambre se sentait terriblement mal à l'aise, mais cela n'avait rien à voir avec les regards haineux des humains. Non, elle avait la sensation désagréable de perdre le contrôle de la situation, et d'entrer dans un piège.  

Comment Dona avait elle nommé ce genre de lieux, déjà ? Des nids. N'est ce pas dans ce genre d'endroit que les animaux dévorent leurs proies ? Et si la sorcière avait raison sur l'Amabilia...

L'intérieur de l'établissement était aussi chic que sa devanture, avec une pièce principale servant de restaurant, un bar sur la gauche et des escaliers immenses dans le prolongement de la porte. Tout n'était qu'un luxe sobre, dans des tons variant du banc au gris, avec ça et là des touches de bleus nuits qui donnaient à la pièce un cachet incroyable. Bien évidemment, le restaurant et le bar étaient combles, mais la bienséance imposait que chaque convives ait tout de même assez d'espace pour circuler.

Rien ici ne semblait indiquer la présence d'un nid de vampire, mais les yeux de plus en plus expert d'Ambre détectèrent quelques anomalies révélatrices, comme les filtres à UV sur toutes les fenêtres. 

— Par ici, je vous pris. Indiqua Hector en lui tenant une porte sur le mur proche de l'escalier, brisant de fait sa contemplation-inspection des lieux. 

Comprenant qu'il n'y avait pas matière à discuter la jeune femme s'avança vers le vampire, quittant l'ambiance rassurante d'un lieu public pour déboucher sur un bureau aveugle. Et qu'elle vision, à coté de cette pièce le bureau du Baron fait pale figure, avec ses boiseries sombre et son mobilier semblant tout droit sortie d'une exposition sur la royauté. 

Deux autres vampires, en tous points identiques à celui qui refermait la porte se tenait au centre de l'espace, et portèrent un regard plein d'intérêt à la nouvelle venue. L'un dégustait un verre, qui n'avait certainement rien d'un millésime sur les canapés centraux, et l'autre s'affairait au bureau. Leur seule différence entre eux était dans la couleur de leurs cravates, verte claire pour celui du canapé et bleu pastel pour l'autre.

— Je vous en prie chère novice, entrez. Soyez la bienvenue. Fit celui sur le divan en indiquant la place à coté de lui. Ne restez pas debout, enfin. Je suis Henri, Henri Brandy, le dernier de nous trois. Et le grincheux, là-bas, est notre frère aîné, toujours dans son travail.

— Doucement Henri, tu ne vas pas commencer à faire des avances à notre invitée, fit celui au bureau sans lever le nez de ses papiers, c'est mal poli de faire du rentre dedans sans offrir à boire avant. Pense à l'éducation de mère. Et il faut bien que quelqu'un fasse tourner cette maison, rien que pour financer ton train de vie princier.

Henri leva son verre en direction de son frère avant de prendre une nouvelle gorgée.

— Tout à fait d'accord avec Hippolyte, chère benjamin. Ce n'est pas tout les jours que nous recevons la lignée du Régent ici. Fit Hector en allant au buffet entre deux bibliothèques. Avez vous faim, mademoiselle ? Nous avons de tout. A ? B ? Négatif ? Positif ? Du O peut-être ? C'est le plus doux sur la langue je trouve. 

Ambre se tordit sur place, se sentant prise en tenaille alors qu'elle essayait de réprimer son envie de s'enfuir à toutes jambes.

— Non merci, refusa elle poliment, je suis désolée de vous déranger sans prévenir, Messeigneurs. Tenta elle sans trop savoir qu'elle titre leurs donner. Je suis Am...

—  Ambre Lefranc, la petite fille du Régent des Walpurgiens et la progéniture de ce regretté Hamet. Fit Hector, dans un ton fleurant bon l'insensibilité, en allant rejoindre son frère sur le canapé un verre en main.

Ils trinquèrent et Hector reprit :

—  Nous savons tous de vous, très chère, et votre présence nous ravie plus qu'elle ne nous dérange en cette belle nuit que vous illuminez.

—  Comme nous l'avons dis, vous êtes la bienvenue dans notre humble demeure. Finit Henri.

La Mascarade des Damnés - Tome 2 La chute de l'angeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant