Chapitre VI

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          Claude venait de se réveiller, et surfait sur internet. Il passait rapidement les titres aguicheurs de la presse à scandales, mais l'un d'eux attira son attention. Il le fixa pendant plusieurs minutes.

« Loïcia D'Arcy en danger ? »

          Il cliqua, et lut rapidement l'article.

« Le 2 mars dernier, la célèbre styliste a été agressée en pleine rue, à la sortie d'une boîte de nuit du sixième arrondissement de Paris. Des fans présents sur les lieux du crime ont pris des photos, où on peut l'apercevoir à terre, puis dans une ambulance. Elle a été vue en train de sortir de l'hôpital le 10 mars, en compagnie de son amie Melody. Elle avait abandonné ses mythiques escarpins pour une paires de baskets, pour être plus à l'aise pour se déplacer... en béquilles ! La blonde la plus discrète d'Instagram n'a rien communiqué à sa communauté au sujet de cet incident. Nous espérons de tout cœur qu'elle va bien ! »

Il était sûrement en train de délirer... Pourquoi était-ce ce chiffon qui lui apprenait l'agression de sa fille ? Pourquoi Loïcia ne lui avait-elle rien dit ? Il était sept heures du matin, mais peu importait. Il se mit immédiatement en route pour aller frapper chez sa fille.

          Cette dernière était déjà réveillée, et travaillait dans son salon. Surprise par une visite aussi matinale, elle s'inquiéta immédiatement. Elle s'approcha doucement de la porte, et déglutit. Un coup d'œil dans le Judas la rassura. Elle ouvrit à son père, un léger sourire aux lèvres.

— Bonjour, Papa... tu m'as fait peur.

          Il entra sans dire un mot, et lança à sa fille un regard sombre.

— Papa ?

— Puisque tu es incapable de prendre soin de toi-même, je vais devoir prendre les choses en main.

— Pardon ?

          Loïcia perdit immédiatement le faible sourire qu'elle affichait.

— Tu m'as très bien compris. Je vais commander un détective privé.

— Non, je ne comprends pas... pourquoi voudrais-tu un détective ?

          Puis, elle compris. Elle soupira, et passa une main sur son visage.

— Je ne voulais pas t'inquiéter... c'est anodin. Qui pourrait bien me vouloir du mal ?

— Tu le sais très bien, Loïcia.

— Cette option n'est pas envisageable, il est en prison, répliqua-t-elle en croisant les bras.

— Ah oui ? Tu es sûre qu'il n'est pas de nouveau en liberté ? Crois-tu qu'il aurait peur de se retrouver à nouveau derrière les barreaux ?

— Évidemment, comme tout le monde.

          Claude se mit à crier, hors de lui.

— Il n'est pas comme tout le monde ! C'est un malade, Loïcia ! Veux-tu que je te rappelle ce qu'il a fait ? Est-ce que tu y tiens réellement ?

          Une larme coula le long de la joue ridée du vieil homme. Loïcia le regardait, terrifiée. Sa gorge se serra, elle recula d'un pas. Il ne se mettait jamais dans des états pareils. Il ne parlait jamais de ça.

— Tais-toi... ne le dis pas. Tu n'as pas le droit ! bredouilla-t-elle.

— Je suis ton père. Si je considère que tu es une incapable, il est de mon devoir de prendre les choses en mains ! Ne t'avises surtout pas de retourner en boîte de nuit !

          Sur ces paroles, il s'en alla claquant la porte derrière lui, laissant Loïcia estomaquée, complètement perdue. Elle s'effondra sur son canapé, et fixa le plafond en se concentrant sur sa respiration pour calmer les battements de son cœur. Non. Son père était simplement excessivement inquiet. Il ne pensait pas ce qu'il lui avait dit. Il avait paniqué... son père avait tort. Il avait tort. Elle se répéta cette phrase pendant plusieurs minutes, à haute voix, pour se convaincre. Quand ce fut fait, elle se plongea de nouveau dans son travail. Cet incident de parcours ne devait pas influencer ses affaires. Tout irait bien, elle pouvait oublier ce qu'elle avait subi.

      *
    *      *

          Cela faisait une semaine que Melody n'avait pas eu de nouvelles d'Augustín. Elle s'était attendue à s'éloigner très rapidement de lui, étant donné les propos du jeune homme au sujet de l'amitié. Elle n'était pas particulièrement affectée par son absence, n'étant pas du genre à s'attacher durablement au bout de quelques sorties. Elle était persuadée qu'il était déjà passé à autre chose, et ne se souciait plus de lui.
          Alors, elle fut très étonnée de recevoir un message de sa part. Il proposait une sortie dans un bar branché près de chez lui. Melody n'hésita pas, acceptant immédiatement. Elle n'était jamais contre une sortie. Elle essaierait de convaincre Loïcia de venir, avec un peu de chance...

     *
    *      *

— Oui, je viens.

          Melody dévisagea son amie, comme si elle était folle. Loïcia n'avait pas hésité. Ça n'avait rien de normal.

— Oh, et par pitié, arrête de me lancer ce regard.

— Tu es sûre que ça va ?

— Mon père ne veut pas que je sorte... il va voir s'il va prendre les choses en mains... marmonnait-elle.

          Melody n'insista pas. Elle ne comprenait pas, mais elle savait bien que les disputes avec son père étaient toujours une grande source d'inquiétude et de stress pour Loïcia.
          Vers dix-neuf heures, ils rejoignirent donc Augustín dans un bar. Elizabeth l'accompagnait, et ce fut la surprise générale. Loïcia sourit en voyant la voyageuse, et Melody parut étonnée. L'espagnol constata rapidement que Loïcia et Betty étaient proches, puisque la styliste lui accorda une rapide étreinte.

— Gus, pourquoi tu ne m'as pas dit que tu fréquentes une célébrité ? demanda Elizabeth.

— Je préférais attendre de l'avoir séduite avant de t'annoncer quoi que ce soit, dit-il avec un sourire en coin.

          Les amies de Loïcia se figèrent en lançant à Augustín un regard étonné, avant d'observer la réaction de l'importunée. Contre toutes attentes, elle réussit à contenir les insultes qu'elle aurait pu adresser à Dom Juan. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire étrange, avant qu'elle ne déclare :

— Elizabeth, il faut que tu racontes ce voyage !

          Toute l'attention se braqua sur Elizabeth, et la soirée s'éternisa. Augustín put apprendre que Loïcia et Betty se connaissaient depuis la faculté, et qu'elles se voyaient assez rarement à cause des voyages. Ce soir là, Gus ne se précipita par sur le premier groupe d'amis qui arrivait pour draguer, et Loïcia fut plus bavarde que d'ordinaire.

Tous les chemins mènent à toiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant