A comme Cramoisie Involontaire

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Alice.
Tu m'as regardée.
Tu étais surprise qu'on puisse être aussi maladroite.
Mais tu allais bien vite te rendre compte qu'il ne faut s'étonner de rien avec moi.
Tu as rosi légèrement, semblant te rappeler ta timidité et ton envie de faire bonne impression auprès de la prof.
Tu as détourné la tête de nouveau.

Tes joues avaient toujours cette teinte rosée, qui se fonçait à mesure que je te dévisageais.
Alice, tu étais rouge désormais.
Et moi, je souriais dans mon coin, ravie d'être la cause de ce trouble.

Je n'avais pas envie d'être seule cette année alors j'ai énoncé mon prénom à voix haute et attendu que tu fasses de même.
«Je m'appelle Alice»
Ça, je le savais déjà puisque je remuais ce prénom dans tous les sens dans ma tête.
Je l'observais sous toutes les coutures, tentant d'en dissoudre le mystère. Il y avait dans ce nom des sonorités nouvelles, étranges.
Un parfum de violette, de jasmin et de capucine s'en dégageait. Je voulais toucher du bout de mes doigts ces fleurs des champs, toucher ton nom en floraison.
Je voulais écouter aux portes de ton jardin secret et voir éclore des gerbes de fleurs que j'aurais plantées.
Je voulais faire de ton jardin bien rangé une jungle sauvage, indomptable.

Tu étais violette, à présent et je pouvais presque voir les verres de tes lunettes changer de couleur.
J'étouffai de ma main un gloussement de contentement.

Comment se pouvait-il que je te fasse autant d'effet, Alice ?

Moi, le crayon cassé, le crayon dont la couleur était mélangée, à tel point qu'on ne savait qu'en faire, le crayon chutant toujours de la table.
Moi, le crayon distordu, se rebellant sans cesse face à la taille.
Moi, le crayon de bas-côté.

J'étais le vilain petit crayon de la boîte.

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