Nous n'étions pas dans la même classe cette année là, Alice et moi. Nous nous retrouvions à la pause et nous mangions ensemble à midi, mais je n'allais plus autant chez elle. J'allais encore quelques fois dans notre jardin secret, pour constater que les mauvaises herbes l'avaient envahi, et que la peinture blanche de la clôture qui le protégeait s'écaillait au fil des jours.
Les couloirs du collège s'étiraient en une spirale infinie d'heures interminables, rendus poisseux par la morosité ambiante. Les murs se rapprochaient, me compressaient, m'étouffaient. Alice ne riait plus à mes blagues, et le plafond me tombait dessus. Alice ne me souriait plus, et le sol se fissurait sous mes pieds. Alice ne me regardait plus, et je n'existais plus.
Je traversais les mois comme une ombre parmi les ombres, ma vision réduite à ce tunnel qui rétrécissait à mesure que je marchais aux côtés d'Alice, chimère inatteignable. Je la voyais floue, si près et pourtant si loin, comme un mirage qui se dissipe lorsque l'on tente de l'attraper. Je lui parlais mais ma voix était distendue, brouillée car les mots que je prononçais ne l'atteignaient pas. J'ai voulu une dernière fois lui faire goûter aux souvenirs qui nous liaient l'une à l'autre, mais ma langue était râpeuse comme du papier de verre, teintée d'amertume.
Ce silence s'est glissé doucement sous ma peau, infiltrant les cellules de mon épiderme goutte à goutte, distillant son poison dans mes veines. Il s'est déposé le long de mon corps comme de la cendre, obstruant l'arrivée de sang et d'énergie, me laissant étourdie et à bout de souffle.
Alice.
Je te regarde toujours, les yeux embués.
Je te parle toujours, la bouche en cendres.
Alice, je t'aime toujours, le cœur sourd et muet.
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A Comme Alice
Non-FictionAlice. J'ai toujours aimé ton nom. A comme un commencement. Le début d'un prénom, d'une histoire. La nôtre. NDA : Cette histoire est véridique, à quelques détails près. Les prénoms n'ont pas été modifiés.
