A comme Larmes Marbrées

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Alice.
Tout ton corps s'essoufflait alors même que tu ne bougeais plus.
J'amenuisai la distance entre nous jusqu'à n'être qu'à quelques centimètres de tes lèvres.

J'avais les membres en coton, et ma bouche était pleine de brouillard.
Mon cerveau s'était fait la malle à bride abattue, et je n'étais pas bien sûre de ce qui se passait dans ma caboche cabossée.

Si mon cœur est une horloge en mal de vivre, mon cerveau est une boîte de conserve rouillée et pleine de courants d'air.

Ma bouche floue se frayait un chemin invisible jusqu'à la tienne, rapiéçant l'air compact qui nous retenait.

Tu as détourné la tête, détourné mon cœur du droit chemin. 

Tu as chassé de ta main malhabile mon amour naissant.

Un amour encore fripé, rouge et vagissant, au berceau avorté.

Tu as déraciné en quelques secondes les pousses de toute une année.

Tu venais de ravager les fruits de ce que nous nous étions acharnées à faire mûrir.

Tu as saccagé notre jardin potager, et pulvérisé les maigres graines qui subsistaient.

Tu as arraché un à un les pétales de mes fleurs des bois, mue par ton cœur de pierre.

De toutes les larmes que j'aurais voulu verser, aucune n'aurait pu abreuver cette terre infertile et rude. De toutes les larmes que j'ai versé, aucune n'aurait pu attendrir ton cœur que je découvrais de granit.

Je me suis relevée. 

Je suis descendue de ce corps souple et chaud qui m'apparaissait désormais comme froid et rigide. 

Je suis descendue sur terre. 

J'ai rivé mes yeux aux tiens.

Cœur de granit.

Iris de pierre.

Je suis restée de marbre.

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