Marcus attendit que la voiture de Tyler disparaisse complètement de notre vue avant de se retourner vers moi et de me regarder de manière songeuse. Je connaissais parfaitement cette tête. C'est celle qu'il faisait avant de me faire la morale.
— Vas-y, lui dis-je pour que ce calvaire se finisse.
— Attends, je réfléchie.
— À quoi ?
— À ce que je vais te dire. Il y a tellement de choses qui se sont passées entre temps que je ne sais pas quel sujet aborder en premier.
Je le laissai là et rentrai à la maison, exaspérée par son comportement.
Ma tante n'étant pas rentrée et mon oncle n'étant pas là, nous étions seuls à la maison. Oncle Dill travaillait dans une grande banque canadienne, on m'avait dit comment elle s'appelait mais j'avais complètement oublié.
Il était partit en voyage d'affaires pour une convention à New-York. Olivia avait essayé de convaincre son père de l'emmener avec elle, jurant que, si elle venait avec lui, elle aurait plus de la moyenne en maths. Hélas, son père avait refusé, disant que, s'il acceptait, sa mère allait le tuer et qu'il avait bien besoin de ses "vacances". Alors mon oncle était parti seul ce matin, nous laissant une Olivia de mauvaise humeur.
Cette dernière était affalée sur son lit, portable à la main, quand je passai devant sa chambre pour gagner la mienne. Elle ne me vit pas, trop occupée à envoyer des textos. Quelque part, j'espérais qu'elle les envoyait à Rick. Il m'avait expliqué plus en détail ses sentiments pour ma cousine, disant qu'il en avait depuis le primaire. Il n'avait jamais eu le courage de lui avouer ce qu'il ressentait et était donc obligé de subir le va et vient des copains d'Oli.
— Tu dois te présenter à l'audition pour l'orchestre, me lança Marcus en arrivant dans ma chambre.
Je l'ignorai et allai devant ma commode pour y retirer des vêtements propres. Il me suivit du regard quand je me rendis devant ma coiffeuse pour attacher mes cheveux en un chignon.
— Anna, tu as un talent incroyable, tu dois le faire partager. Tu es venue ici pour te ressourcer et reprendre confiance en toi.
— Je suis venue ici pour oublier toute cette histoire, Marcus. Pour oublier le violon.
— Ce serait du gâchis.
Je levai les yeux au ciel et le regardai, attendant qu'il change de sujet ou bien qu'il parte. Le comprenant, il souffla, acceptant sa défaite. Il vint s'asseoir sur le lit et m'invita à le rejoindre en tapotant la place à côté de lui. Je suivis ses instructions et allai m'installer.
— Tu es comme une sœur pour moi, Anna, commença t-il. Je veux juste que tu fasses ce qui te plaît.
— Alors pourquoi me forcer à faire cette audition ? Je ne veux plus jouer au violon.
— C'est faux. Et quand tu comprendras que tu te mens à toi-même, tu te sentiras à nouveau épanouie.
La discussion s'arrêta là. Qu'est-ce que je pouvais bien répondre à ça ?
Au fond de moi, je savais qu'il avait raison. Mais je n'étais pas prête. C'est vrai, jouer au violon me rendait vivante ! Ça me rendait tellement heureuse d'en jouer, de connaître chaque note qu'il pouvait produire ! Je pouvais en jouer du soir au matin sans ne jamais m'en lasser !
Mais, maintenant, je me sentais juste égoïste. Égoïste d'avoir provoqué tellement de malheurs. Je n'aurais jamais dû apprendre à y jouer.
Avais-je seulement appris ?
VOUS LISEZ
La joueuse de violon
Teen FictionElle avait oublié de voir, oublié de respirer et même de boire. Enfaite, Annabelle avait tout simplement oublié de vivre. Pas parce qu'elle ne pouvait pas, pas parce qu'elle avait peur ; elle avait juste oublié. Dés qu'elle avait arrêté de jouer de...
