Mes litotes valent vos hyperboles

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Les mots disent parfois moins qu'ils ne semblent vouloir dire

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Les mots disent parfois moins qu'ils ne semblent vouloir dire. Dans la langue courante, il est fréquent d'utiliser des expressions extrêmes pour signifier le banal ou le moyen. L'érosion du pouvoir des mots est un phénomène bien connu. On sait ce qu'il est advenu des mots "formidable" "génial" "nul" "atroce" "horrible" "sublime" "lamentable" "exécrable" "abominable" "merveilleux" "prodigieux", pour n'en citer que quelques uns. On peut se demander s'il reste beaucoup de mots pour porter le sens fort originaire de ces termes. Il faut sans doute chercher du côté des litotes. L'expression plate "c'est triste" peut exprimer bien plus que de la tristesse. "Il n'est pas très en forme" ou "elle est bien fatiguée" sont parfois des formules d'annonces d'un dénouement proche. En réaction à l'érosion par hyperbole, on recourt à une simplification précieuse pour marquer que la valeur que l'on attribue à quelqu'un ou quelque chose ne relève pas de la vulgaire exagération capable de qualifier d'atroce ou de sublime un pot de yaourt. "C'est beau" ou "c'est très beau", "c'est quelqu'un de bien" ou "il est très bien", "beau travail", "c'est fin", "c'est très bien fait", "il y a de la qualité", ou inversement "c'est quelconque", "c'est moyen", "c'est décevant", "sans commentaires", "quelqu'un de peu intéressant", deviennent des expressions fortes d'approbation ou de désapprobation.

C'est sans doute dans cette oscillation entre la litote et l'hyperbole qu'il faudrait chercher à comprendre le rapport de connivence entre l'irrésistible et l'insupportable.

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