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Mon père, né en 1937, a encore une certaine idée de la France et des Français même s'il n'est pas nationaliste. C'est une question de génération plus que d'étiquette politique. Etre Français ou n'être pas Français opère encore une distinction dans son esprit. Pour moi qui suis née en 1959, être Français ne veut dire le plus souvent rien d'autre que "être porteur d'un passeport français", ce qui inclue des personnes vivant aux quatre coins du monde et dont la langue d'usage quotidien n'est pas forcément le français.
Il m'arrive pourtant de dire ou penser à propos d'un fait de langue, de culture ou de société: "C'est si français." Qu'est-ce que je veux dire? Je désigne ainsi un particularisme qui me frappe par sa familiarité, qui réveille des souvenirs auxquels je peux m'associer. C'est si français parce que cela me rappelle quelque chose qui fut à un moment de ma vie la seule façon d'être ou de se comporter, mais ne l'est plus. C'est si français parce que je ne suis plus si française.