6| La petite princesse aux alumettes

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“But you know, happiness can be found even in the darkest of times, if one only remembers to turn on the light.” ― Albus Dumbledore

En retournant dans sa chambre pour enlever sa blouse et poser ses affaires, la jeune infirmière se mit à repenser au prince. Edmund avait été froid et sur la défensive avec elle. Mais elle n'était pas idiote, ni aveugle. Elle avait remarqué son regard posé sur elle, dès qu'elle détournait le regard de lui. Il ne s'agissait pas d'un regard agressif ou violent, mais plutôt curieux voire attentionné.

Après, elle devait avouer qu'elle n'était pas insensible à ses beaux yeux noisette et à sa prestance de futur roi. Et d'une certaine manière, elle se sentait proche de lui. C'était un sentiment étrange, étant donné qu'elle était sûre de ne l'avoir jamais rencontré auparavant.

Elsa passa le reste de la matinée à se renseigner sur la maladie de la reine et sur le profil du petit prince, Ange. Elle devait le retrouver cet après-midi pour passer toute la fin de la journée avec lui. Une fois le repas de midi terminé, qu'elle passa d'ailleurs avec deux adorables femmes de chambre, elle alla le rejoindre dans l'un des salons. La jeune infirmière avait troqué sa blouse contre un gros pull blanc, assortie d'une jupe et d'une paire de bottines marrons.

Ange l'attendait sagement, le nez plongé dans un livre. On voyait seulement quelques mèches de cheveux blonds presque blancs dépasser de la couverture. Elsa ne put dissimuler un sourire, il était si mignon.

Elle jeta un coup d'œil au livre : La petite fille aux allumettes. Pas très joyeux, mais du plus loin qu'elle s'en souvienne, ses parents lui lisaient toujours ce conte. Comme dans un rêve, elle se revoyait sur les genoux de sa mère. Tout ce dont elle se souvenait de ces moments, était la douceur de ses câlins quand elle était sur ses genoux, à l'écouter lui conter une histoire. Après, son père arrivait et lui posait un bisou sur la joue. Elle l'imaginait l'appeler princesse, ou ma petite reine. Mais ce n'était que des rêves d'enfance.

- Coucou Elsa ! Lui lança alors le petit garçon en sortant la tête de son livre.

- Bonjour ! Tu veux qu'on le lise ensemble ce livre ? Vu ta petite tête toute concentrée il a l'air de t'intéresser.

- Oui, mon précepteur a dit que je devais le lire pour demain.

Elsa hocha la tête et s'installa avec lui sur le canapé. Juste en face, un feu de bois crépitait dans la cheminée. Elle prit le livre et laissa le petit garçon s'assoir à côté d'elle.

- Je commence ? Tu es prêt ? Demanda-t-elle en souriant.

Ange acquiesça et elle commença à raconter.

- « Comme il faisait froid ! la neige tombait et la nuit n'était pas loin ; c'était le dernier soir de l'année, la veille du jour de l'an. Au milieu de ce froid et de cette obscurité, une pauvre petite fille passa dans la rue, la tête et les pieds nus. Ils étaient rouges et bleus de froid. Elle avait dans son vieux tablier une grande quantité d'allumettes. C'était pour elle une mauvaise journée ; pas d'acheteurs, donc pas le moindre sou. Elle avait bien faim et bien froid. Les flocons de neige tombaient dans ses longs cheveux blonds. Les lumières brillaient aux fenêtres, le fumet des rôtis s'exhalait dans la rue. »

Elsa marqua une pause, le petit prince avait posé sa tête contre elle pour l'écouter parler. Elle passa son bras autour de lui pour le serrer contre elle, avant de continuer l'histoire.

- « Elle s'assit dans un coin, entre deux maisons. Le froid la saisit de plus en plus, mais elle n'osait pas retourner chez elle : elle rapportait ses allumettes, et pas la plus petite pièce de monnaie. Son père la battrait. Ses petites mains étaient presque mortes de froid. Hélas ! qu'une petite allumette leur ferait du bien ! Si elle osait en tirer une seule du paquet, la frotter sur le mur et réchauffer ses doigts ! Elle en tira une : ritch ! comme elle éclata ! comme elle brûla ! C'était une flamme chaude et claire comme une petite chandelle. »

- Tu sais Elsa, mon frère il a déjà tapé une domestique quand il était très en colère. Comme le père dans l'histoire.

La jeune femme fut surprise mais essaya de ne pas le montrer.

- Je suis sûre qu'il s'est excusé depuis. Tu sais des fois lorsqu'on est vraiment en colère, on fait des choses que l'on regrette après. Ça ne veut pas dire que l'on est méchant, expliqua-t-elle simplement. Parfois oui, mais parfois on regrette immédiatement.

Elle avait envie d'en savoir plus sur ce que le petit garçon lui racontait, Mais il était hors de question de voir ça avec lui. De plus, elle était persuadée que l'histoire avait dû faire le tour des domestiques. Elle n'aurait aucun mal à avoir des informations en posant quelques questions aux bonnes personnes.

Elle continua le conte un peu après.

- « Il semblait à la petite fille qu'elle était alors dans une chambre où la table était couverte d'une nappe blanche et de fines porcelaines. Sur laquelle une oie rôtie, fumait avec un parfum délicieux. Ô bonheur ! Tout à coup, l'allumette s'éteignit : elle n'avait devant elle que le mur froid.

En voilà une deuxième allumée. Aussitôt elle se vit assise sous un magnifique arbre de Noël. Mille chandelles brûlaient sur les branches vertes. La petite éleva les mains : l'allumette s'éteignit ; toutes les chandelles de Noël montaient, et elle s'aperçut alors que ce n'était que les étoiles. Une d'elle tomba et traça une longue raie de feu dans le ciel. Une étoile filante. »

- C'est quelqu'un qui meurt, lui dit alors Ange, calé contre son épaule. Maman dit que « Lorsqu'une étoile tombe, c'est qu'une âme monte à Dieu ». Et que le jour de Noël on doit penser à la petite princesse de Noël.

- Je... oui ta maman à raison, bredouilla Elsa avant de reprendre le conte où elle en était.

Elle ne comprenait pas vraiment cette histoire de princesse de Noël, mais elle espérait pouvoir obtenir quelques informations de plus dans la journée. Elle voulait éviter pour le moment de creuser sur ce sujet, qui paraissait lugubre. Trop lugubre pour un petit garçon de six ans.

Ce même petit garçon, qui finit par s'endormir sur ses genoux à la fin de l'histoire. Elle lui caressa tendrement les cheveux en réfléchissant à tout ce qu'il lui avait dit. Elle commençait à comprendre que la vie dans ce palais était moins rose que cela laissait paraître.  

Flocons RoyauxDes histoires addictives. Découvrez maintenant