Judith
Mes parents avaient reçu une lettre qui venait de l'école :
Vendredi 19 février,
Monsieur et Madame Debuissonière,
Il est proposé à votre charmante fille Judith de participer à un projet éducatif.
Ce projet est une grande nouveauté pour notre établissement et la présence de votre fille serait sans doute d'une grande importance. Nous vous demandons donc l'autorisation quant à la participation de votre enfant.
Merci d'agréer mes sentiments les plus dévoués.
Monsieur Depiroux, directeur général
de l'établissement scolaire Chanterelle.
Mes parents ont tout de suite été très flattés. Ils attendaient un événement de ce genre depuis longtemps et m'avaient payé nombre de professeurs particuliers afin que je me fasse une place parmi les meilleurs élèves du lycée. Ils ont commencé à me dire des choses comme « Oh, le directeur t'a remarqué ! », « Tu es un élément important dans ses projets », « Nous sommes si fières de toi » et l'inévitable « Montre à tous les autres que c'est toi la meilleure ! » Ça m'a énervé toute la soirée. Et moi ? Personne ne pensait à me demander mon avis ? Peut-être que je n'avais pas envie de faire ce « projet éducatif » ! Mais tout le monde s'en fichait ! Ils n'avaient même pas remarqué le « serait sans doute » qui, contrairement à ce qui était dit laissait présager que si, il y avait potentiellement un ! Mes parents ont appelé quasi immédiatement le directeur et après avoir donné leur autorisation, ils ont parlé pendant au moins une demi-heure ! Ils m'ont ensuite annoncé, tout content, que j'étais attendue salle 107 mercredi, entre midi et deux. Je leur ai alors demandé :
-C'est quoi ce projet ? Je veux dire, qu'est-ce qu'on est censés faire ?
-Euh...le proviseur ne nous l'a pas dit.
-Quoi ? Vous ne lui aviez pas demandé ?
-Euh... non dirent-ils, penaud.
-Qui sont les autres participants ?
-Euh...Nous ne savons pas. Mais le professeur responsable est Monsieur Rekels
Super. Je dis bien s.u.p.e.r. mes parents m'envoient faire je-ne-sais-quoi avec je-ne-sais-qui et ça ne les inquiètes pas plus que ça. En plus, le professeur ''responsable'', comme ils disaient, était assez bizarre, même s'il enseignait plutôt bien. Comme d'habitude, je me pliais à l'avis et surtout au choix de mes parents. J'irais là-bas et nous verrons bien sur qui je tomberai.
Tout le week-end, j'ai repensé à cette histoire de projet. Le mercredi, à l'heure fatidique, je me suis rendu en salle 107. Frappant timidement à la porte je me suis retrouvée dans une salle vide, enfin presque : il n'y avait que le prof d'histoire civique, assis à son bureau :
-Bonjour ! dit-il. Tu es la première. Entre et installe-toi !
-Bonjour. Qui sont les autres personnes ?
-Tu le découvriras bien assez tôt !
Cinq minutes plus tard, un gamin d'environ onze ans arriva dans la salle :
-Bonjour. C'est bien là le projet éducatif ?
Et ce fut le même scénario avec tous les autres participants. J'en connaissais la plupart. Il y avait Rachel, une de mes amies, Benjamin un gars super mignon de l'équipe de football, un gamin riche en sixième ou en cinquième, des campagnards que je ne connaissais pas et un petit des quartiers défavorisés qui ressemblait à quelqu'un que je connaissais, mais je ne me souvenais plus de qui. Rachel, qui discutait avec Benjamin, prit soudain la parole :
-Monsieur, on est tous là ou quoi ?
-Non, il en manque deux.
À peine eut-il fini sa phrase que la porte s'ouvrit en grand et je vis deux pauvres entrer....Oh non ! Je sais à qui le petit ressemblait : à son frère, qui n'est autre qu'Eliakim Nimra. Sa sœur Zara venait elle aussi de faire son apparition. Les mains dans les poches, Eliakim s'arrêta net en nous apercevant tous. Il nous regarda, interloqué. Je dois bien admettre que nous étions autant étonnés que lui. Seul M. Rekels semblait suivre la scène d'un air amusé. C'est bien ce que je pensais : ce prof était fou ! À quoi pensait-il en nous rassemblant tous ainsi ?
Rachel brisa le silence :
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12 - Le Chemin
RandomSeriez-vous prêt à abandonner vos préjugés pour découvrir votre véritable Ennemi ? L'écart entre les riches et les pauvres est devenu quasiment infranchissable. Dans cette société pourtant, les élites cherchent à garder une sorte d'apparente égalité...
