Ariel
Dans la vie, quand on est au centre, il faut savoir se faire petit. Je suis en quatrième. Je fais partie de la classe moyenne dite ''les campagnards''. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, nous sommes les inconnus du bahut. Les Riches sont les populaires, mais les Pauvres aussi, dans un autre style bien sûr. Ils se font la guerre et se détestent au plus haut point. Nous, nous sommes un entre-deux, pas assez riche pour les uns, trop pour les autres. Nous sommes censés être les élèves que l'on n'entend pas, qui se tiennent à carreau. En théorie, car pour ma part, j'ai du mal à suivre les règles.
Notre école joue sur des principes d'égalité. En même temps avec le nom qu'elle a ! ESMS. Établissement Scolaire à Mixité Sociale. Pour faire simple, elle doit accepter tout le monde. Les écoles ''normales'' n'acceptent que les élèves triés sur le volet : riches et avec de bons résultats scolaires (mais soyons honnêtes, c'est surtout l'argent qui joue !). Ici donc, toutes les catégories sociales sont représentées. Ainsi, l'État essaye de combler les fossés sociaux et d'apaiser les zones défavorisées en les mettant sur un pied d'égalité pendant le temps scolaire.Ça aussi, c'est une belle théorie, cela fait bien devant les médias internationaux. En pratique...la réalité est toute autre ! Pas besoin d'école spéciale pour nous séparer, on y arrive très bien tous seuls ! Dans les classes, les riches sont devant, les pauvres derrière et au milieu, c'est nous ! Dans la cour,c'est chacun son côté. On nous méprise, mais on nous laisse relativement tranquilles en général. Il vaut mieux se mêler de ses affaires. Beaucoup d'entre nous essayent de se faire accepter par l'un ou l'autre des deux côtés. Cela ne marche jamais. Les uns nous prennent pour leurs esclaves personnels et les autres pour des espions. Dans tous les cas, les parents se méfient. Bref, ce n'est pas facile tous les jours.
Ce matin, j'ai été convoquée chez le proviseur ce qui – sans me vanter – m'arrive assez souvent. En entrant dans les locaux administratifs, j'ai entendu les haut-parleurs grésiller des noms.La secrétaire a fait une moue :
-Ariel !Tu es encore là ? Essaie d'être un peu responsable, tu veux ? Bon, vas-y, monsieur Depiroux t'attend.
Malgré le nombre considérable d'élèves, elle avait retenu mon nom : c'était mauvais signe. Sans un mot, je me suis dirigé vers le bureau du directeur. Sa porte, imposante, s'ouvrait par deux battants. Je venais à peine de frapper lorsqu'une voix grave m'intima d'entrer, ce que je fis en essayant d'être la plus naturelle possible. Me dirigeant vers la chaise en face de lui, je m'assis de tout mon poids en croisant les bras. Il me toisa sévèrement. Avec le temps, il ne m'intimidait plus vraiment. Il commença :
-Mademoiselle Fins, dois-je vous rappeler le motif de votre visite dans mon bureau ?
-Ouais, je me demande bien ce que j'ai bien pu faire.
-Cessez d'être impertinente !
Je ne connais pas la définition de ce mot, mais je n'ai pas voulu le contredire. Il a continué :
-La pauvre Ashly est anéantie !
-Cette peste a sorti, en plein cours de géo : « Les pauvres n'ont qu'à crever dans leurs trous à rats et nous foutre la paix » et c'est moi qui suis là ? C'est le monde à l'envers !
-En quoi cela vous concerne-t-il ?
-Ce n'est pas juste monsieur ! On est tous humains ! Elle n'avait pas à dire ça ! Point.
Je fis mine de chercher dans le bureau avant de m'exclamer :
-D'ailleurs, ne devrait-elle pas être ici ? Je ne la vois nulle part...
VOUS LISEZ
12 - Le Chemin
De TodoSeriez-vous prêt à abandonner vos préjugés pour découvrir votre véritable Ennemi ? L'écart entre les riches et les pauvres est devenu quasiment infranchissable. Dans cette société pourtant, les élites cherchent à garder une sorte d'apparente égalité...
