Ethan
Après avoir téléphoné à mes parents, je me suis demandé où étaient les parents de Zara, Eliakim et Noé. Avant d'avoir pu formuler ma question à voix haute, Gamaliel me devança :
-Mais au fait, où sont vos parents ?
-Ma mère travaille à l'usine jusqu'à 20h.
-Jusqu'à 20h ! Et ton père ?
Cette fois, au lieu de répondre, Noé se figea. Eliakim lâcha :
-Mêle-toi de tes affaires, OK ?
J'en ai donc conclu que leur père devait faire des choses peu recommandables. Au sein d'un gang, sans doute. Ou bien, il les avait abandonnés. En fait, je n'en savais rien. Zara fit cuire des pâtes et fit manger les deux petits. La petite fille tira sur la manche de sa sœur et lui glissa à l'oreille :
-Tu sais c'est qui eux ?
C'est sûr que nous formions un drôle de tableau. Ariel et Emma discutaient de leurs familles respectives. Micah revoyait ses techniques de jeu sur son portable pour le match de foot de samedi. Gamaliel se chamaillait avec Noé pour je ne sais quelle raison. Benjamin était assis à ne rien faire et moi, j'observais. C'est vrai que j'aime beaucoup regarder les gens, voir leur réaction dans telle ou telle situation.
Zara s'est mise à rire doucement en lui expliquant :
-Désolée. Je ne vous ai pas présenté ma petite sœur : voici Kaya et le petit bout de chou là-bas, c'est Eden.
Ensuite, avec patience, elle nous nomma chacun notre tour. La petite semblait concentrée à l'extrême. C'était mignon. Elle me faisait penser à ma petite sœur de quatre ans.
Soudain, la porte grinça et une dame entra dans le petit appartement. Lorsqu'elle nous vit tous, regroupés dans son salon, elle poussa un cri de surprise. Elle lança un bonjour, auquel personne n'osa vraiment répondre, tout en cherchant ses enfants des yeux. Elle les trouva et leur dit :
-Eli ! Zara ! Qu'est-ce que c'est que ça ?
Tout en cette femme inspirait sympathie, mais respect. Elle devait avoir entre 35 et 40 ans, mais semblait déjà fatiguée et usée par la vie. Ses yeux, en revanche, tranchaient avec la lassitude de sa personne. Ils étaient profonds, vifs et l'on pouvait y lire une certaine fierté. Cela devait être dû à ses enfants. Les deux aînés accoururent à l'annonce de leurs prénoms :
-Maman, je peux tout t'expliquer ! s'écria Eliakim.
Ils partirent tous les trois dans ce qui devait être une chambre. Cinq minutes plus tard, ils revinrent. La dame prit alors la parole :
-Je m'appelle Anne. J'espère que mon humble foyer vous conviendra, elle avait foudroyé du regard son fils qui avait baissé la tête, penaud.
Nous sommes alors passés à table. Enfin, c'était vite dit : la table étant trop petite, Emma et moi étions assis sur le canapé, nos hôtes sur des cousins en face de nous. J'avais vu sur la boîte des pâtes que nous mangions qu'elles étaient de premier prix, mais elles avaient le mérite d'être bien cuisinées. J'en fis la remarque à Zara, qui me répondit, étonnée :
-Merci. On ne me le dit pas souvent.
-C'est la vérité, m'appuya Emma, elles sont délicieuses !
-Cela doit être l'habitude, répondit la sœur de Noé humblement.
Je vis une lueur de bonheur dans les yeux de sa mère. C'est là que je compris à quel point ils étaient différents. Ils nous logeaient, nous nourrissaient alors qu'ils ne nous connaissaient pas et n'en avaient visiblement pas les moyens. De plus, ils étaient censés nous haïr. Or, si c'était vraiment le cas comme voulait nous le faire croire Eliakim, nous serions déjà à la rue à l'heure qu'il est. Ils ne se souciaient pas de ce qu'ils allaient manger demain, mais plutôt de notre sécurité, à nous, des étrangers. Un sentiment de reconnaissance m'envahit. Une phrase que j'avais lue dans le livre me revint, tel un écho de ma pensée : « Ce que vous voulez que les gens fassent pour vous, vous aussi faites-le de même pour eux. »
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12 - Le Chemin
SonstigesSeriez-vous prêt à abandonner vos préjugés pour découvrir votre véritable Ennemi ? L'écart entre les riches et les pauvres est devenu quasiment infranchissable. Dans cette société pourtant, les élites cherchent à garder une sorte d'apparente égalité...
