Bakarah, Harjiba, un an avant Le Venin des étoiles
Éveillée depuis plusieurs heures, elle s'était efforcée de rester aussi immobile que possible jusqu'à l'aube pour ne pas tirer sa compagne du sommeil, comme souvent. Lorsque le soleil commença à blanchir le ciel de l'autre côté des fenêtres, dont les rideaux n'étaient pas tirés, elle repoussa néanmoins le bras posé sur sa poitrine.
Marja grogna, puis soupira.
— Il ne fait même pas encore jour.
— Le soleil vient de se lever.
— Reste encore un peu ?
— Il faut que j'aille tout préparer. Tu sais quelle date on est.
Marja hocha vaguement la tête contre son oreiller brodé. Dès les débuts de leur relation, elle avait compris qu'elle ne serait jamais la priorité de sa partenaire, qui pourtant l'aimait. Et puisque c'était vain, il était inutile de lutter pour la première place ou de se désoler.
— Bon courage.
Niyasha déposa un baiser sur ses lèvres pour la remercier, s'excuser, puis se hâta vers la salle de bain.
🐈🐈🐈
La dernière épingle plantée dans son chignon, elle sortit de son appartement et faillit se heurter à deux des femmes de chambre d'Afshan qui l'attendaient devant sa porte, l'air angoissé.
— Ah, Mademoiselle Niyasha !
— Qu'est-ce qui se passe ? Comment va le roi ?
La peur lui comprima le cœur. La plus âgée des adolescentes se tordit les mains, tandis que les deux s'exclamaient :
— On n'ose pas y aller !
— On vous en supplie, venez d'abord voir comment il est !
Niyasha réprima une exhalation de soulagement afin ne pas les froisser, puis hésita. Il y aurait eu tant de détails à régler en bas. Elle savait toutefois que les servantes ne craignaient pas son ami sans raison et que leur terreur, si celle-ci les rendait maladroites, ne ferait qu'agacer Afshan davantage.
— Très bien, je viens avec vous.
La gratitude illumina le visage des deux jeunes filles à la réception de ce qui était pour elles une bouée de sauvetage. D'un mouvement vif, l'une d'elles attrapa la main droite de sa sauveuse pour la porter à ses lèvres en signe de reconnaissance. Tout de suite, Niyasha dégagea ses doigts couverts de fleurs sombres comme si le contact avec la peau d'autrui l'avait brûlée. Surprise par la violence du geste, la petite servante ouvrit la bouche et les yeux pour pleurer : déplaire à sa confidente voulait aussi dire déplaire au roi Afshan, et c'était une condamnation un jour comme aujourd'hui.
— Non, ne t'inquiète pas. Excuse-moi. J'ai... réagi sans réfléchir. Je ne sais pas ce qui m'a pris.
Avec un sourire, Niyasha tendit son autre main à l'adolescente, qui la prit avec respect et l'embrassa.
— Allons-y maintenant, qu'il ne doive pas patienter.
Les femmes de chambre s'empressèrent d'acquiescer sous leur voile. Ce fut plus sereines qu'elles emboîtèrent le pas au bras droit de leur souverain pour faire le tour de la galerie qui ceignait le palais.
🐈🐈🐈
— Afshan ?
Niyasha n'attendit pas la réponse pour entrer : son ami ne dormait pas. Il souffrait d'insomnies qui n'étaient pas aidées par les journées qu'il redoutait. Afshan ne bougea cependant pas dans l'immense lit à baldaquin couvert de coussins et de chats des sables roulés en boule. La jeune femme parvint à trouver un coin de matelas libre et s'y assit, sous le regard maussade du roi.
— Tu as le temps d'aller nager un peu. Je crois que ça te détendrait.
Il répondit agressivement à la voix grave saturée de tendresse.
— Sûrement pas.
Il précisa tout de même :
— Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. J'ai mal partout. Ma tête doit faire peur.
— Tu veux que je te fasse apporter une salade de grenade ?
Officiellement, le fruit préféré du monarque, mais tous deux connaissaient la raison pour laquelle Afshan s'en gavait.
— Je n'ai pas faim.
Il refuserait toutes les suggestions, ce qui n'empêcherait pas Niyasha de les formuler.
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Le venin des étoiles
FantasíaSoudain propulsé à la tête du royaume de Linru après la mort de son oncle, An Hai doit tout combiner : la découverte d'une capitale aux coutumes différentes de celles de ses montagnes, les obligations liées à son statut, et ses « bizarreries » perso...
