Bakarah, Harjiba — trois ans après le texte précédent
— Comment je suis ?
Niyasha tourna vers son ami ses yeux rougis par les larmes et l'éveil. Dans une somptueuse tenue couverte d'or qui mettait en valeur son teint bronzé, Afshan irradiait comme un soleil incertain. Il se mordait la lèvre et, malgré son accession au pouvoir aujourd'hui, avait l'air si jeune, plus jeune qu'il ne l'était réellement.
Assaillie par la tendresse qui prenait toujours le pas sur le reste, elle trouva la force de se lever pour s'approcher de lui et réajuster les longues mèches noires sur ses épaules.
— Tu es toujours le plus beau, murmura-t-elle avec sincérité.
Afshan lui saisit les mains ; elle manqua de crier de douleur au contact.
— Tu seras à mes côtés, n'est-ce pas ?
Les yeux soulignés de khôl, qui crépitaient de nervosité, la regardaient comme s'ils avaient besoin d'être sauvés.
— Je suis toujours à tes côtés.
Jusqu'à sacrifier son âme pour l'accompagner sur son chemin — même s'il ne savait rien de ce que cela lui avait coûté.
— Je vais faire de Harjiba un grand royaume. Je serai un très grand roi, aussi grand que mon père, et même plus que lui.
La conviction rendait ses traits adultes au fur et à mesure que l'assurance calmait son stress.
— En entendant mon nom, ceux qui n'ont rien à se reprocher l'acclameront, et les autres trembleront. La prospérité régnera, comme l'ordre total.
Niyasha accorda son sourire sur le sien.
— Je suis sûre que tu y arriveras.
Afshan leva le menton avec orgueil, tout aplomb recouvré.
— Évidemment. Et maintenant, habille-toi pour la cérémonie. Pas question que je reçoive ma couronne en retard alors que j'ai déjà tellement attendu. C'est le plus beau jour de ma vie, et tout doit être parfait.
Il la lâcha et alla se contempler dans le miroir en pied, tournant sur lui-même d'un air apaisé alors que les rayons du soleil, réfléchis par les morceaux d'or sur sa tunique, le faisaient étinceler.
🐈🐈🐈
Le magistrat tendit le stylo au jeune homme de dix-huit ans qui, une fois sa signature déposée sur le registre, deviendrait officiellement un monarque absolu.
— Si Sa Majesté veut bien parapher le Livre des Rois au bas de la page, à côté de son nom...
Afshan s'empara de la plume et fit glisser le doigt sur la liste des patronymes des souverains de l'île, jusqu'à arriver au sien. Le dernier, mais celui qui, il le comptait bien, imprégnerait l'esprit de tous. À la lecture des trois mots, il se figea pourtant.
— « Afshan Kaisan II » ?
Le ton était venimeux. Quelques mètres plus loin, debout à côté de la reine-mère qui observait les décorations fastueuses de la salle avec fascination, Niyasha, dans sa robe d'argent rehaussée de diamants, soupira intérieurement.
— Oui, Votre Majesté ?
Sans comprendre, le magistrat se pencha sur le livre sous l'œil contrarié d'Afshan.
— Pourquoi « II » ?
— Eh bien, parce qu'il y a eu un autre roi avant Sa Majesté qui portait le même nom ?
Il remonta le répertoire avec lenteur, mettant le sang-froid de l'adolescent à rude épreuve, avant de s'exclamer :
— Voilà, Votre Majesté ! Afshan Kaisan I, votre ancêtre, qui a régné il y six siècles pendant un laps de temps relativement court, et...
— Biffez ce nom.
Surpris par l'ordre incongru qui l'avait coupé si agressivement, l'homme releva un visage peint d'ahurissement.
— Je vous demande pardon, Votre Majesté ?
— Je me fiche de savoir qui était cette personne ou ce qu'elle a fait. Je veux que son nom soit effacé du registre et de tout autre document, ainsi que de la mémoire collective.
— Mais...
La stupeur du conseiller était à son comble.
Afshan, cependant, s'avança jusqu'à lui avec autorité.
— Et tu apprendras à ne pas discuter ou même répondre à mes ordres.
Face au regard impérieux qui le vrillait, mise en garde si limpide pour l'avenir de la part de celui qui, malgré son jeune âge, en était à présent le garant, le magistrat s'inclina.
— Bien, Votre Majesté.
Il saisit un deuxième stylo sur la table et raya avec soin la ligne qui déplaisait tant au nouveau maître de Harjiba, avant de barrer également le trait superflu accolé au titre de celui-ci.
Satisfait, un sourire revenu sur ses lèvres, Afshan Kaisan premier du nom signa le début de son règne.
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Le venin des étoiles
FantasiaSoudain propulsé à la tête du royaume de Linru après la mort de son oncle, An Hai doit tout combiner : la découverte d'une capitale aux coutumes différentes de celles de ses montagnes, les obligations liées à son statut, et ses « bizarreries » perso...
