Palais de la veuve-reine
Dans le vestibule, An Hai inspira, les yeux fermés.
— An Hai Hsin Ijin, prince de Nekah et de Huxian Ijin, roi de Linru.
Pas encore ; demain seulement, répondit-il dans sa tête à la voix sirupeuse qui, derrière le rideau, le couronnait trop tôt en annonçant son arrivée.
Une main écarta la tenture, et la lumière rouge de la splendide salle de réception enveloppa brusquement le prince, tandis que les silhouettes de la foule qui l'attendait se matérialisaient devant lui. D'instinct, An Hai se tourna vers Roen ; celui-ci lui fit un signe de tête. Alors seulement, précédé du soldat, le souverain s'avança-t-il sous les lanternes de verre teinté, Chhey à distance de bras dans son dos.
L'éclairage tamisé colorait tous les visages d'ombres rouges et faisait briller comme des étoiles les yeux qui dévisageaient le nouveau monarque avec curiosité et respect au-dessus des éventails de plumes. Petit mais râblé, Roen ouvrait pour le prince un passage dans la multitude que Chhey empêchait de se refermer immédiatement.
An Hai, ses mains gantées jointes contre ses cuisses et les cheveux constellés d'ailes de jade tout autour du crâne, souriait et inclinait le front pour répondre aux hommages de ses futurs sujets lorsqu'il passait devant eux. Ne se trouvaient dans la salle que des personnes de haut rang aux vêtements somptueux, aux bijoux raffinés, dans le plus pur style de Huxian Ijin.
Deux hommes en robes brodées d'or chatoyant firent soudain leur apparition devant Roen, l'un d'âge vénérable, l'autre un peu plus jeune. Tous deux saluèrent le prince sans courber le dos, ce qui indiquait leur statut avant qu'ils n'aient besoin de se présenter.
— Bienvenue à Huxian Ijin, Altesse, commença le plus âgé.
Petit et maigre, le visage sérieux et le regard aigu, il dévisageait An Hai comme s'il voulait le mettre à nu. Masquant son inconfort, le prince lui offrit un sourire poli, tandis que le dignitaire poursuivait :
— Je suis Xong Nong Ma Na, le Régent de Linru. C'est moi qui vous ai fait appeler pour occuper le trône suite à la mort de votre oncle, que je remplace depuis.
Il se tourna légèrement vers son compagnon :
— Et voici Iao Shin Gu Quang, le Chancelier, et aussi mon bras droit.
— Enchanté, Hautesse, ajouta ce dernier.
— Je ne serai roi que demain, fit remarquer An Hai à l'appellatif.
Le Chancelier sourit.
— Mais c'est comme si vous régniez déjà sur Linru aujourd'hui.
Il leva le bras pour en entourer les épaules du prince.
— Venez, nous allons...
La main de Roen l'intercepta avant qu'il ne termine, maintenant son poignet en l'air et à distance d'An Hai. Le Chancelier haussa un sourcil.
— Vous avez un garde du corps bien réactif, Hautesse. J'espère qu'il ne méprendra pas tous les gestes d'amitié pour des dangers ; je ne suis pas votre ennemi.
Roen libéra son bras ; le dignitaire ne reprit toutefois pas son mouvement avorté. En guise d'excuse, An Hai s'inclina sous le regard scrutateur du Régent.
— Mes employés me sont très dévoués.
— J'imagine que c'est une bonne chose, commenta le Chancelier en jetant un coup d'œil à Chhey, immobile dans le dos du prince.
— Altesse, coupa le Régent, nous allons vous laisser finir de saluer les présents. Je vais chercher la veuve-reine afin qu'elle vous accueille également, d'autant que nous sommes chez elle. Puis, nous passerons au dîner.
— Je vous remercie pour votre bienveillance, répondit An Hai.
Dès que les deux hommes eurent tourné les talons dans le bruissement de leurs longues tuniques de soie, Chhey s'enquit, dans la langue de Nekah :
— Tout va bien, Altesse ?
— Pour l'instant, ça va. C'est plutôt le repas qui...
— Une coupe, Hautesse ?
Une serveuse, dont les manches dentelées touchaient presque le sol, lui offrit un verre et un sourire éclatant.
— Non, merci.
— Voulez-vous autre chose ?
Elle reposa la coupe sur son plateau et en choisit une autre, remplie de liquide sombre et pétillant.
— Du vin précieux de Jôjisaku plaira peut-être à votre palais ?
An Hai leva ses mains gantées.
— Je vous en prie ; ne vous donnez pas tout ce mal. Je n'ai pas soif.
La serveuse fit une révérence en ployant les genoux avec une grâce de danseuse.
— Très bien, Hautesse. Je repasserai dans un moment.
— Ce ne sera pas nécessaire, indiqua le prince gentiment.
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Le venin des étoiles
FantasiSoudain propulsé à la tête du royaume de Linru après la mort de son oncle, An Hai doit tout combiner : la découverte d'une capitale aux coutumes différentes de celles de ses montagnes, les obligations liées à son statut, et ses « bizarreries » perso...
