— En arrivant ici, je n'imaginais pas trouver autant de monde à la Cour. Il n'y en a jamais eu autant à celle d'Heidelberg, s'étonna la Princesse Palatine en jetant un regard furtif par la fenêtre, où se dessinaient les silhouettes des courtisans, des domestiques chargés comme des esclaves, mais aussi des visiteurs occasionnels qui arrivaient pour assister aux festivités de Chantilly, fourmillant devant l'entrée du château.
— C'est vrai, acquiesça Louise. Il n'y en a pas autant habituellement, mais avec tout ce qui se passe en ce moment : votre mariage, et maintenant les festivités chez le prince de Condé, je m'étonne chaque jour du nombre de personnes qui la rejoignent depuis ces dernières semaines !
— Je suis du même avis, l'appuya à son tour Charles en hochant la tête, je n'ai pas vu une telle chose depuis des années.
Tout en parlant, le duc posa sa tasse de chocolat sur la petite table en acajou sculptée et décorée à la feuille d'or qui avait été placée au centre du cercle formé par les convives. Il n'aimait toujours pas cela, mais il n'avait pas voulu froisser sa belle-sœur, qui avait organisé aujourd'hui sa toute première réception, et qui, à en juger par l'éclat joyeux qui brillait dans son regard depuis l'arrivée de ses invités, en était ravie. Enfin, le mot « réception » était un peu fort pour décrire cette petite assemblée seulement constituée de la duchesse de La Vallière, Honoré de Chastel, avec qui elle avait sympathisé depuis quelques jours, et lui-même. Mais à vrai dire, le petit nombre d'invités était bien loin de le déranger. Au moins, il était uniquement entouré de personnes qu'il appréciait, et qui ne risquaient pas de déformer les moindres paroles qui risquaient de sortir d'entre ses lèvres. Pour être honnête, ce n'était même qu'en cet instant qu'il se rendit compte à quel point se retrouver uniquement entouré d'amis sincères lui avait manqué depuis son retour à la Cour.
— Cela ne m'étonne que très peu, déclara le marquis, on n'entend parler que de ces réjouissances dans les salons parisiens, on dit que c'est l'événement de l'année.
— Quoi de plus normal ? fit le prince en haussant les épaules. Ce n'est pas tous les jours que Louis accepte de se rendre chez un ancien frondeur, surtout quand il s'agit de l'un de ses meneurs. Dans tous les cas, je me demande ce que font certaines personnes ici alors qu'elles ne se privent pas de discuter ouvertement de la politique de mon frère quand elles sont à Paris...
— Vous parlez de Jules de Clermont ? lui demanda sa belle-sœur, incertaine, en fronçant quelque peu ses fins sourcils blonds. J'avais cru comprendre que vous ne le portiez pas dans votre cœur, grimaça-t-elle.
— Il est vrai que ce n'est pas quelqu'un que j'apprécie particulièrement, mais je songeais plutôt à ce philosophe auto-proclamé qui attire tant de monde durant ses parties de cartes... Ah, comment s'appelle-t-il déjà ? se demanda Charles en se grattant la tempe, le regard distrait alors qu'il se triturait la mémoire pour retrouver ce nom qui lui était totalement sorti de la tête.
En l'écoutant, Honoré fronça les sourcils. Alors que le duc réfléchissait, il posa son macaron dans la coupe qu'il tenait dans sa main gauche en avalant le morceau qu'il avait encore dans la bouche, avant de répondre :
— S'agirait-il de François de l'Orme ?
— Oui, c'est cela ! s'exclama vivement le prince en entendant ce nom. En avez-vous déjà entendu parler avant son arrivée à Fontainebleau ? Je me demande bien pourquoi il est présent alors qu'il critique tout ce qu'il se passe ici.
— J'ai eu l'occasion de le voir dans plusieurs réceptions parisiennes, il y est très apprécié, l'éclaira le jeune homme. C'est un intellectuel qui participe très souvent aux soirées mondaines et aux salons littéraires. Il y est même très reconnu pour ses débats et ses correspondances avec les plus grands hommes de Lettres de Paris. Avec l'influence dont jouit la marquise de Montespan auprès du roi, il n'est pas surprenant de le trouver ici pour une telle occasion. Il paraît qu'il suit la Cour à Chantilly pour leur décrire les festivités, et parce qu'il espère y rencontrer monsieur de La Fontaine.
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Le Secret du Roi
Historical FictionDes jumeaux peuvent être une bénédiction pour certains parents, mais cela peut s'avérer bien plus compliqué lorsqu'ils sont royaux. On s'attendait à accueillir un héritier au trône de France, il y en a eu deux. Charles a un jumeau, le soleil est s...
