Quiconque s'aventurait dans l'allée des Cerisiers trouvait cette rue monotone et dépourvue de toute magie.
Rien ne distinguait la maison de briques rouges de ses voisines, serrées les unes contre les autres, jumelles les unes des autres. À une exception près : piètre jardinier, Oliver Evans n'avait guère de chance avec ses parterres et après deux ou trois ans d'un âpre combat, il avait préféré livré son jardin aux mauvaises herbes, renonçant à posséder une cour aussi bien entretenue que celle de ses voisins. Un seul arbre faisait l'objet de tous ses soins : un petit mais néanmoins solide noisetier planté le jour de la naissance de sa fille unique. L'arbre allait sur ses douze ans et, bravant toutes les saisons, veillait sur l'enfant portant son nom.
En cette belle matinée estivale, seule l'agitation provenant de la maison en question troublait la quiétude de l'allée des Cerisiers. Un étrange ballet de cartons et de déménageurs ne cessait d'aller et venir entre la maisonnette et le camion garé devant le portail. Quelques voisins curieux regardaient ce spectacle avec intérêt, mais aucun n'avait l'œil aussi pétillant de curiosité que le corbeau perché sur la branche du noisetier. L'oiseau intriguait depuis quelques mois car il ne se mêlait guère à ses congénères, préférant observer les deux habitants de la maison. L'oiseau s'anima et fit quelques pas pour se rapprocher de la fenêtre ouverte à l'étage.
À l'intérieur de la pièce vide, assise parmi les cartons, se trouvait une jeune fille. Trop occupée à ruminer de bien sombres pensées, elle ne prit pas garde au manège du corbeau. Elle pressa la peluche contre son nez, humant l'odeur de lessive mêlée d'un soupçon de shampoing à la fraise. Son père surnommait son compagnon de chagrin « La Pourriture » ; Hazel elle, se contentait de la nommer « la Chose », ne sachant pas vraiment quel animal représentait sa peluche. La peluche possédait à l'origine une belle fourrure noire et de fausses griffes - perdues à force de tours en machine - , à l'extrémité de chacune de ses quatre pattes. Un curieux bec s'apparentant à celui d'un canard et une petite poche semblable à celle d'un kangourou, complétaient cet étrange petit monstre.
Hazel plongea la main dans la poche de sa peluche et en retira un rouleau de réglisse qu'elle croqua avec avidité. Depuis l'arrivée de Miss Murderstone dans leur foyer, les sucreries avaient été bannies de l'allée des Cerisiers. Bravant l'interdiction, Hazel utilisait sa peluche comme outil de contrebande et pour le moment, son père n'avait pas éventé le stratagème ou faisait mine de ne pas s'en apercevoir.
- Je savais que je te trouverais là ...
Le corbeau s'immobilisa, son œil rougeoyant aux aguets. Son changement d'attitude parut semer le doute dans l'esprit de la jeune femme se tenant face à Hazel :
- Ce corbeau ne m'inspire pas confiance ...
- Ce n'est qu'un stupide piaf, décréta Hazel dans un haussement d'épaules.
La jeune fille se mit à jouer avec les pattes de sa peluche, espérant ainsi masquer sa nervosité aux yeux de sa chère nourrice.
- Tu sais, rien ne changera, chuchota Morgan en s'asseyant à ses côtés.
- Si, et tu le sais très bien.
Hazel appuya sa tête contre l'épaule de son amie. Elle ne possédait pas son optimisme et savait pertinemment ce que signifiait ce départ pour Londres : elle allait quitter sa maisonnette tranquille pour un appartement au cœur de la City, dire adieu aux camarades de sa petite école primaire pour rejoindre les bancs d'une austère institution privée pour jeunes filles, jadis fréquentée par Miss Murderstone. Elle ferma les yeux. Sans compter la fin de tous ces petits moments passés aux côtés de celle qui était devenue plus qu'une simple « nounou » : terminées les longues promenades dans la forêt, finis les quelques après-midis enveloppés dans un plaid, un bol de chocolat chaud à la main, devant la télévision ; oubliés les quelques jours passés ensemble au bord de la mer, chaque été. Elle ne pourrait plus préparer sa rentrée scolaire avec Morgan afin d'avoir l'illusion, pour une journée, qu'elle aussi, avait une mère.
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L'Ecrin des illusions
Fanfic" La fillette se rappela alors qu'elle était un pion et qu'il serait bientôt temps de se déplacer." De l'autre côté du miroir, Lewis Carroll Le jour du mariage de son père, la jeune Hazel Evans découvre l'existence de Poudlard et de la magie. Éme...
